Quand le passé raconte le futur – 1er épisode : La fin du commencement…

Au commencement de ce que l’on a appelé plus tard littérature de science-fiction, son sujet de prédilection, visible et pourtant mystérieux était l’astre lunaire encore inatteignable. Trop près, trop loin, apparaissant et disparaissant au gré du jour et de la nuit, ne montrant jamais qu’une face.
Les états des empires de la lune et du soleil de Cyrano de Bergerac paru au milieu du 17e siècle peut être considéré comme une introduction aux fantasmes poétiques de la SF.

Le 19eme siècle a vu l’éclosion de nombreux récits, où l’imaginaire se tournait vers l’impensé que permettaient de nouvelles inventions, encore à l’état de projets ou seulement expérimentées, lesquelles prédisaient un futur où tout, ou presque, devenait possible demain. En attendant que se réalise ce que promettait ce monde en voie d’industrialisation alors en pleine ébullition scientifique et technique, la fiction ouvrait des horizons. Sombres parfois, exaltants toujours. Jules Verne en a offert un bel exemple dans une veine stimulante et parfois prémonitoire. D’autres, comme H.G.Wells, avec L’homme invisible, La guerre des mondes, La machine à explorer le temps ; Conan Doyle avec La machine à désintégrer, Quand la terre hurla, ont abordé des thèmes plus improbables mais toujours passionnants.

De quoi parle la nouvelle de Bradbury, La fin du commencement ? 1948, parue une douzaine d’années avant le lancement de la première fusée transportant un homme dans l’espace,Youri Gagarine, en 1961. C’est une réflexion sur la technologie que l’homme est capable d’améliorer à l’infini, en partant de l’invention de la roue 3500 ans avant notre ère, jusqu’à l’acte inouï dont les hommes rêvaient depuis des millénaires. Cette nouvelle écrite avant que l’événement devienne réalité, recèle à la fois l’émerveillement et la crainte devant ce que l’homme est capable de concevoir. Elle fut reçue pour ce qu’elle était : de la science-fiction, et pourtant…

 

En 2019, on célèbre sur notre planète l’anniversaire d’un exploit inimaginable pendant des siècles. Il y a 50 ans, les hommes sont allés sur la lune. « Les Hommes » et non « des hommes » parce que le succès de cette entreprise tellement extraordinaire, imaginé pendant des siècles, est devenu réalité et a rejailli sur l’humanité entière. Chacun s’est senti concerné, cette possibilité a changé notre perception du monde, élargi l’univers, laissé entrevoir d’autres possibles.

A tel point qu’aujourd’hui, on parle de la possibilité d’une expédition sur Mars. Si elle peut se réaliser, son accomplissement sera aussi bouleversant que l’a été la révélation que la terre tourne autour du soleil, au XVIe siècle.

 

 

La nouvelle de William Ratigan, Souvenirs du temps futur, paru en 1952, malgré son style qui nous paraît un peu vieillot, est d’une modernité étonnante. Le thème en est le rejet de toute technologie et il parle de nous, de nos sociétés où aujourd’hui des voix se font entendre pour rejeter les moyens de transports qui sont polluants, ou pour dénoncer les métaux qui composent nos portables, ces constituants que certains appellent « minerais de sang » parce qu’ils sont extraits dans des zones de conflits dans des mines où les travailleurs sont quasiment réduits en esclavage.
Dans Souvenirs du futur, les hommes ont décidé depuis trois générations de se débarrasser de la société de consommation et des objets qu’elle produisait : les machines. C’est un retour à la terre qui semble définitif. Les hommes se sont rassemblés de nouveau en groupes de cultivateurs et d’artisans. Seuls les anciens se souviennent de l’époque où les villes grouillaient de véhicules à moteurs et les maisons équipées de lave-linge, de réfrigérateurs, de robots ménagers. Bref toutes sortes d’objets mécaniques issues de l’industrie. Le seul témoin de ce passé est un énorme cimetière, sorte de mémorial, fait de toutes les machines qui ont été désormais offertes comme des sacrifices à la rouille et à la corrosion. Chaque année, est organisée La fête de l’Indépendance, pendant laquelle on célèbre la fin de l’attachement des hommes aux machines fabriquées au prix du sang et dont la rouille a la couleur. On comprend que la transition ne s’est pas faite du jour au lendemain, qu’il y a eu des refus, des révoltes, des morts, et que la victoire appartient désormais à une organisation patriarcale, totalitaire et vaguement obscurantiste. La fin de cette nouvelle est ambigüe. L’adolescent que son grand-père emmène pour une sorte d’initiation près des restes de la civilisation précédente, a une pensée que le lecteur doit traduire : « La rouille pouvait être effacée. Et le sang. Cette fois ce serait différent… »

La troisième nouvelle, celle d’Arthur C. Clarke, Leçon d’histoire, évoque deux thèmes de la SF. Le premier pourrait-on dire, est d’une actualité brûlante. Il évoque des transformations climatiques qui ont entraîné la fin de l’humanité. La terre n’est plus qu’un caillou bosselé et inhospitalier. Sauf que ce qui a couvé pendant des décennies et provoqué la disparition de toute population est une ère glaciaire. Admettons-le, Arthur C. Clarke, à une différence près, traitait du sujet qui se répand aujourd’hui sur nos ondes, nos journaux et hantent les conversations.

L’autre thème est moins sombre. C’est  évocation d’une préoccupation qui n’est pas un souci de société mais plutôt un fantasme. Il concerne ceux qui pensent au plus près des étoiles, et attendent les extra-terrestres, s’interrogent sur l’inconnu qui pourraient venir d’autres planètes. Ceux qui rêvent des échanges qui pourraient se faire entre nous et d’autres êtres venus d’ailleurs. Tout en s’inquiétant toutefois des malentendus qui risqueraient d’advenir au cours de pareilles rencontres.
Dans cette nouvelle, hélas, nul individu pour accueillir les Vénusiens, qui par hasard atterrissent sur notre planète désolée et découvrent néanmoins un objet intrigant : c’est celui que les derniers hommes ont enterré comme ultime souvenir de leur passage dans l’univers, avant que la dernière génération ne s’éteigne.

Avez-vous remarqué combien ces histoires qui ont été écrites entre 1948 et 1952, font entendre comme une musique connue, comme si notre époque était l’écho à peine déformé de ces récits que l’on peut considérer, avec le recul, comme un ensemble de fables ?

       

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