Parfums

Il suffit de commencer à penser à une chose simple pour que toutes sortes de souvenirs reviennent, que toutes sortes d’idées surgissent. Qu’immédiatement des liens se croisent. Que se constitue un réseau fait de tout ce que cette chose évoque pour nous et continue à s’étendre comme une architecture en mouvement et en expansion. Ce qui pouvait d’abord faire penser  à un cadavre exquis, ou à un poème qu’aurait écrit Prévert, se rassemble, s’agrège, tout en restant léger, en suspension, poreux. Et si on se prend au jeu, ce nuage fait d’impressions, continue sa mutation.
Il est bien évident que de l’un à l’autre, le nuage ne sera pas le même. Certes avec des similitudes liées à ce que nous avons en commun, l’époque, la société… mais ce qui fera la différence, ce sont nos souvenirs particuliers, notre propre chemin.

 

 Il est bien évident que de l’un à l’autre, le nuage ne sera pas le même. Certes avec des similitudes liées à ce que nous avons en commun, l’époque, la société… mais ce qui fera la différence, ce sont nos souvenirs particuliers, notre propre chemin.

Les grands parfumeurs, que l’on nomme des « nez », quand ils composent entre différentes senteurs pour créer un parfum, font appel, bien sûr, à toute une gamme d’odeurs, enfermée dans de petits tubes à essai qu’ils dosent de façon subtile. Cependant ils ne travaillent pas au hasard en mélangeant différentes essences et en attendant un résultat satisfaisant. Non, ce sont des musiciens, des compositeurs, leur objectif est de suggérer des impressions, des émotions, de celles qui leur appartiennent venues de leur propre passé : ils font appel à leurs souvenirs. Et, de là, ils créent un monde dont chacun pourra s’emparer, le garder sur la peau et le transformer. Un parfum n’est qu’une proposition. Fermons les yeux : rose, violette, œillet, mandarine, citron, mangue, lavande, vétiver, musc, patchouli, tabac… Un parfum peut nous emmener dans une prairie, verte et dense, dans un bois d’où s’exhalent la mousse et la terre aux profondeurs humides. Il peut nous faire entrer dans une confiserie, dans un palais de barbe à papa et aussi dans des lieux plus secrets que nous-mêmes ignorons. Mais toujours il sera d’abord l’objet d’une reconnaissance qui fera que nous choisirons ce parfum-là plutôt qu’un autre. Il nous aura fait penser à une cascade ou à la préparation d’un caramel… ou juste à de l’eau de Cologne, comme à un dimanche d’enfance. S’ouvrent alors des fenêtres, des armoires, et aussi les portes de maisons. Reviennent en mémoire des matinées ensoleillées ou bien des jours de pluie. Tous venus d’instants de hasard, comme l’odeur du bitume chaud au début d’une averse d’orage.

L’exception se trouve sans doute dans l’extraordinaire roman de Patrick Süskind : Le parfum. Où le personnage de Jean-Baptiste Grenouille crée des parfums que personne jamais n’a pu sentir auparavant.

Il s’apprêtait déjà à tourner le dos à cet ennuyeux spectacle, pour rentrer en suivant la galerie du Louvre, lorsque le vent lui apporta quelque chose : quelque chose de misérable d’à peine perceptible, une miette infime, un atome d’odeur et même moins encore, plutôt le pressentiment d’un parfum, qu’un parfum réel, et pourtant en même temps le pressentiment infaillible de quelque chose qu’il n’avait jamais senti.

Vous n’aimez pas les parfums ? Vous n’en portez pas. De temps en temps ? Pas tous les jours ? Jamais ?
Pourtant le parfum des autres vous le rencontrez, parfois agréable comme un souffle frais et fugace, parfois insupportable, lourd et envahissant. Comment échapper aux parfums ? Aux odeurs ?

Parfum exotique
Quand les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne,
je respire l’odeur de ton sein chaleureux, je vois se dérouler des rivages heureux 
qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone.

Baudelaire

       

Ajouter un commentaire

Recherche

 

Nos bons plans
sur notre sélection de spectacles ...
Journal MCH
Le journal de l'association...
J'adhère à la MCH
Téléchargez le bulletin d'adhésion ...
Créer un profil
pour soumettre mes événements ...