“Molly la nuit”, par Chloé Chevalier, mise en scène par Pascal Papini

Avignon juillet 2014

Finalement pourquoi vais-je au théâtre ? Parfois c’est pour écouter un texte.

La pièce présentée par Chloé Chevalier, mise en scène par Pascal Papini à partir du dernier chapitre d’Ulysse (1914-1921) de James Joyce (1882-1941) en fait partie. Le monologue de Molly, assez souvent interprété, fait écho à un moment de ma jeunesse et de mes études. Ce texte libre sur sa vie, son couple, les relations homme-femme, l’argent, le sexe, la solitude, m’avait à l’époque – plus puritaine et plus misogyne qu’aujourd’hui – soufflé un vent frais en pleine figure. Osées ces confidences, obscènes pour certains !

« oui il y a 16 ans de ça mon Dieu après ce long baiser j’en avais presque perdu le souffle oui il a dit que j’étais une fleur de la montagne oui c’est bien ça que nous sommes des fleurs tout le corps d’une femme oui pour une seule fois il a dit quelque chose de vrai et c’est pour vous que le soleil brille aujourd’hui oui c’est pour ça qu’il m’a plu parce que je voyais qu’il comprenait ou qu’il sentait ce que c’est qu’une femme et je savais que je pourrais toujours en faire ce que je voudrais et je lui ai donné tout le plaisir que j’ai pour l’amener à me demander de dire oui… »

Que d’audace dans le style, lié à l’écriture automatique, et que d’étonnement sur le fond ! Des désirs de femme, des fantasmes, des colères, des regrets, sans masque et sans tabous…« Joyce connaît l’âme féminine comme s’il était la grand-mère du diable. » a dit Jung.

Le décor est juste minimaliste, une chambre, un grand lit, un miroir, Chloé Chevalier adopte les mots de Molly avec une fluidité et une rapidité d’expression qui surprend mais témoigne de son talent : elle s’est lancé un « défi personnel d’actrice. La volonté n’étant pas d’incarner Molly Bloom mais de tenter l’exercice complexe d’errance de la pensée ». Rapidité qui renvoie au dessein de Joyce : rendre compte d’un flot de pensées, de l’intériorité d’une conscience.

Aujourd’hui, ce personnage de femme me frappe surtout par son historicité : la plupart des femmes dans nos sociétés font des études, travaillent, sont indépendantes et légitimées dans leurs désirs et leur sensualité. Ce qui advient ici, c’est, plus que jamais, la figure de Pénélope.

Isabelle Royer (à suivre)

       

A propos de l'auteur

Présidente de la MCH

Ajouter un commentaire

Rubrique des spectateurs

 
Enquête sur les représentations de la culture
C’est dans une indifférence médiatique presque totale que le ministère de la Culture a publié en septembre dernier une enquête sur les représentations de la
Havre de cinéma communique ! Festival “Les yeux ouverts”
Le Havre a longtemps été, avec L’Eden et les Rencontres nationales cinéma et enfance, un phare national dans le domaine de l’initiation au regard des
Chers amis, Le Havre et sa région a une nouvelle radio Ouest track radio, 95.9. Elle émettra pour six mois et nous espérons qu’elle sera pérennisée ! Elle
Depuis le 8 mars, le Musée d’Art Contemporain de Lyon, présente une gigantesque exposition sur deux étages, où les travaux de 34 artistes, des
Le CNC présente la réforme Art et Essai
Donner un nouvel élan aux salles d’art et essai, telle est l’ambition de la réforme du secteur annoncée, vendredi 7 avril, par le Centre national du
Des raisons d’aimer le théâtre….
On ne programme pas assez de Commedia dell’arte, théâtre populaire italien, né au XVIe siècle. Pourtant ces acteurs masqués qui improvisent des comédies savent susciter

La MCH sur Facebook

 
Nos bons plans
sur notre sélection de spectacles ...
Coups de coeur
Les événements à ne pas manquer...
J'adhère à la MCH
Téléchargez le bulletin d'adhésion ...
Créer un profil
pour soumettre mes événements ...