rembrandt

“Le Manuscrit de Rembrandt”, mis en scène par Patrick Courtois

Théâtre du petit Chien, Avignon 2014

Où l’on parle de l’art, de l’artiste et de sa place dans la société des marchands….

Fallait-il confier le rôle du peintre Rembrandt à un comédien lui ressemblant, Patrick Floersheim ? Fallait-il disposer sur la scène quelques objets allusifs, dont une chaise percée, doter les vêtements des comédiens de références au 17ème siècle hollandais ? Dès le commencement du Manuscrit de Rembrandt mis en scène par  Patrick Courtois, on se met à craindre le parti-pris du « figuratif ». Car dater le propos peut le réduire.

En effet le texte de Céline Duhamel inspiré du livre de Raoul Mourgues (1948), donne la parole au peintre dans une sorte de testament spirituel sur la création, la place de l’artiste dans la société, la religion, la vie, la mort. Toutes questions qui sont cruciales.

Vieux, amer et effrayé, Rembrandt fait un bilan de sa vie, et de son oeuvre. Il dialogue avec une femme à la présence lumineuse : sa chevelure blonde, sa robe de velours vert, son sourire paisible, renvoient sans doute à toutes les femmes aimées par le peintre, mais aussi à la lumière (« Stella »), à la création elle-même, à la vie peut-être, à la mort.

Que nous dit la pièce du peintre aux multiples autoportraits ? La mise en scène joue sur des allées et venues, des gestes d’un peintre saisi dans l’intimité de sa vie domestique, très humain, quelques détails biographiques : ses amours intenses et charnels, la mort de ses proches, la terrible censure des mécènes et acheteurs, bourgeois ou religieux hollandais à qui il a paru « amoral » et la pauvreté.

Difficile d’être novateur dans un environnement marchand. C’est la réflexion sur son travail permanent et obstiné de créateur qui permet de relire son œuvre en opposition à la tradition : le choix personnel de personnages humbles ou issus de la vie quotidienne, le souci de rendre grâce à la sensualité des femmes, la transcription du mouvement grâce aux lignes et à la composition, et surtout les recherches sur l’ombre et la lumière. La volonté de peindre « l’âme ».

On retient les références aux apports singuliers du peintre et à ses tableaux significatifs (Le bœuf écorchéLa leçon d’anatomie …),  le vert du velours de la robe de Stella, le blanc dévoilé de sa tunique dans le clair-obscur de la dernière scène, l’autoportrait inachevé, enfin signé…

Je me souviens du film Passion de Godard, créateur qui parle lui aussi de création : dans une des scènes, il reconstitue la Ronde de nuit, peint en 1642. D’où vient la lumière qui illumine les deux officiers et, plus surprenant,  la petite fille en robe jaune au milieu des soldats ? Le metteur en scène dispose les personnages, les immobilise, il tâtonne, la place de la source lumineuse est mystérieuse. Après une reconstruction soigneuse de la Ronde de nuit, soudain les acteurs bougent, le tableau prend vie, littéralement, et alors le spectateur ému a l’intuition de ce qu’est l’art, celui de la peinture, celui du cinéma : un frissonnement entre la mort et la vie.

Que gardons-nous au sortir du théâtre ? ” Je vais descendre dans l’ombre”, dit Rembrandt. “Non, tu vas monter dans la lumière”, lui répond-elle avec son beau sourire. Et cette dernière phrase, presque joyeuse, adoucit la mort tout en signant l’oeuvre de l’artiste.

Isabelle Royer

Le Manuscrit de Rembrandt, de Céline Duhamel

Interprète(s) : Céline Duhamel, Patrick Floersheim
Lumières : Benjamin Boiffier
Metteur en scène : Patrick Courtois
Costumes : Rick Dijkman
Diffusion : Jean-Philippe Chameaux
Production : Sabine Desternes

L’auteur de la pièce : CELINE DUHAMEL

A 15 ans, Céline Duhamel obtient le 1er prix au concours inter-conservatoires de Paris. Elle poursuit sa formation au cours Florent dans « la Classe Libre » de Francis Huster. Elle a participé au triomphe de la célèbre comédie musicale Le Roi Soleil et a joué récemment dans le chef d’oeuvre de Choderlos de Laclos Les liaisons dangereuses. Chaque année, son timbre grave résonne dans de nombreux spectacles : « La Nuit aux Invalides » auprès de Jean Piat et André Dussolier et aux « Luminessences d’Avignon » auprès de Francis Huster et Claude Giraud. Céline Duhamel est aussi auteure et adaptatrice. C’est en parallèle de sa carrière de comédienne qu’elle découvre le goût de l’adaptation, au sein d’une compagnie de théâtre spécialisée dans les correspondances d’artistes. Depuis, ses créations : A la Table des Mots et Femina Liber se produisent régulièrement. Sa dernière adaptation, Le manuscrit de Rembrandt est le fruit d’une longue aventure née d’un coup de foudre pour la traduction de Raoul Mourgues du livre Rembrandt kabbaliste.

L’interprète de Rembrandt : PATRICK FLOERSHEIM 

Patrick Floersheim fait partie de ces acteurs aux multiples facettes. On le retrouve, entre autre autres, au cinéma dans Molière de A. Mnouchkine, Le pull over rouge de Michel Drach, Diva de Jean Jacques Beineix, Je hais les acteurs de Gérard Krawczyk, Coup de tête de Jean Jacques Annaud, Frantic de Roman Polanski, Rue des plaisirs de Patrice Leconte… A la télévision, il joue dans une quarantaine de productions. Sur scène, il interprète de très beaux rôles dans Antigone de B. Brecht mise en scène M. Tassimot à la Cartoucherie, Désir sous les Ormes de O’Neill ms C. Morin au théâtre de l’Athénée… Récemment il a mis en scène Galimatias de M. Barney et Les Nouvelles de Paris, adaptation de nouvelles de Marcel Aimé. Patrick Floersheim est aussi une voix célèbre du doublage français : Michael Douglas, Robin Williams, Kurt Russell, Jeff Bridges, Christopher Walken, Ed Harris, Willem Dafoe…

Le metteur en scène : PATRICK COURTOIS

Après quatre années d’études au Conservatoire National de Bruxelles, Patrick Courtois, joue Crucifixion dans un boudoir turc au Petit Odéon. Puis il fréquente la Comédie Française (Monsieur Chasse de Feydeau, La Comédie des musiciens de Lully, La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Giraudoux…) puis le Théâtre des Célestins à Lyon. Il joue également dans Dormez je le veux !, Restons Courtois, La Trilogie des Coûfontaine de Claudel, Le Grand Macabre de Ghelderode, Ne te promène donc pas toute nue de Feydeau, et participe à La flûte enchantée de Mozart sous le chapiteau du Cirque Alexis Gruss. Il met également en scène Le plus heureux des trois de Labiche, Courtes pièces de Courteline, Phèdre à repasser de Pierre Dac, La Vengeance d’une femme de Barbey d’Aurevilly. Actuellement, il apparaît dans Groucho M.

       

A propos de l'auteur

Présidente de la MCH

Ajouter un commentaire

Rubrique des spectateurs

 
Le CNC présente la réforme Art et Essai
Donner un nouvel élan aux salles d’art et essai, telle est l’ambition de la réforme du secteur annoncée, vendredi 7 avril, par le Centre national du
Des raisons d’aimer le théâtre….
On ne programme pas assez de Commedia dell’arte, théâtre populaire italien, né au XVIe siècle. Pourtant ces acteurs masqués qui improvisent des comédies savent susciter
Le cinéma américain propose une mise en image des urbanités souterraines comme espaces-refuges problématiques
A un moment où l’espace s’appréhende par le biais d’un regard extra-humain, le cinéma américain propose une mise en image des urbanités souterraines comme espaces-refuges
La tournée du spectacle d’Aurélien Bory, Espaece, partie de Nantes, en passant par Toulouse et Lille, s’est achevée au Havre, au Volcan, le 13 janvier
Des coups de coeur de spectateurs, des avis mitigés aussi…
Apéro des spectateurs du 31 mars, autour d’un thé ou d’un jus de fruits aux Tiroirs d’Adèle 137 rue de Paris LH : Annette, Sylvette,
Le Pas Grand Chose, de Johann Le Guillerm
Nous avons vu au Volcan le dernier spectacle de Johann Le Guillerm. Il nous avait habitués à des prouesses circassiennes. Le voici en conférencier, sérieux

La MCH sur Facebook

 
Nos bons plans
sur notre sélection de spectacles ...
Coups de coeur
Les événements à ne pas manquer...
J'adhère à la MCH
Téléchargez le bulletin d'adhésion ...
Créer un profil
pour soumettre mes événements ...