“Maghrébien que mal, le Cyrano de Berbérac”

Compagnie Théâtre Nejma – Théâtre du Bourg neuf à Avignon – juillet 2014

On avait tant aimé naguère Une étoile dans l’œil de mon frère et Bouzlouf qui furent programmés dans le cadre du festival terres d’auteurs. Moussa Lebkiri y disait, avec une délicieuse fraîcheur, ses enfances algériennes et son arrivée dans l’ancienne Métropole, avec les malices des petites bandes et le désarroi des mamans apprenant le français dans des stages de langue et de tricot appliqués.

On retrouve dans ce spectacle un Moussa habitué à chahuter le langage et à nous ravir de jeux de mots que n’aurait pas reniés Alphonse Allais : « Si j’avais laissé Lucie faire, j’aurais eu mes fils tôt. » Parfois la fantaisie verbale vient du curieux métissage entre l’arabe, voire le berbère, et un français impitoyablement trituré. Il arrive encore que, derrière cette verve langagière, le propos se fasse plus grave. Qu’avec le secours de l’humour, notre Cyrano de Berbèrie s’en prenne à un racisme trop ordinaire, à un certain Jean-Marie et sa fille Marine dont on vous laisse deviner le nom et encore, autre volet d’un intolérable fanatisme, aux intégristes religieux qui, disait déjà Molière, sont d’autant plus dangereux qu’ils usent contre nous d’armes que l’on révère. 

Moussa n’a pas non plus abandonné cette veine matoisement enfantine où il nous contait sa lointaine Kabylie, ses coutumes, ses rituels et les naïves ruses des gens de son pays. Ainsi des aventures cocasses de cet heureux propriétaire d’un mouton promis à un traditionnel sacrifice et installé, avant de finir dans un méchoui sacré, aux côtés de son chauffeur qui n’oublie pas, sécurité oblige, de lui attacher sa ceinture de sécurité.

On le voit, notre bateleur aux naïves roueries et aux innocences calculées possède l’art des conteurs orientaux et certaines de ses saynètes semblent sorties des aventures de Nasdine Hodja, voire de la lampe d’Aladin. Ici le merveilleux côtoie le quotidien et les voleurs, ces picaresques figures des légendes orientales, dérobent aussi les étoiles du ciel. Dans ce joli monologue Moussa Lebkiri nous offre ce que les classiques appelaient des mélanges où se mêlaient le sérieux et le grotesque, les registres et les genres avec une seule exigence : le talent.

Y.SIMON. Association Maison de la Culture. Le Havre.

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