L’homme qui a des amis n’est pas un raté

La vie est belle

On pourrait s’étonner qu’une compagnie adapte au théâtre le film La vie est belle de Franck Capra, avec James Stewart, d’après The greatest Gift, une nouvelle de Philip Van Doren Stern. Ce film d’après-guerre, 1946, est devenu un classique projeté à Noël, adoré par les américains et par les cinéphiles.

La compagnie Caravane s’empare de ce conte américain ; chaque comédien joue plusieurs personnages ; on change de costume, on déplace des éléments évocateurs de décor, fragments de bureau, façades, pont, jardin, réverbère …On entend du Gershwin et du Bernstein. On reconnait les figures récurrentes des films américains, notamment le riche Monsieur Potter, incarnation du capitaliste sans cœur, le brave garçon Georges, la mère, le vieil oncle fidèle, le frère, la fiancée, la copine de classe….Et même l’ange gardien envoyé du ciel.  En avant, roule !

Le spectacle met en scène Georges Bailey, dévoué toute sa vie aux habitants de sa petite ville au détriment de tous ses rêves. Rêves de découverte, de réussite, de richesse…Tous abandonnés. On ne sait pas s’il réalise ces sacrifices par altruisme, incapacité de dire non, force du destin, faiblesse de ses propres désirs…Poussé au suicide par la faillite due à un vol, il est sauvé par un ange gardien qui lui montre le monde sans lui, c’est-à-dire dans son cas, sans ses bonnes actions. Un cauchemar !

Le spectateur a un souvenir ému du film américain. Il évoque les problèmes de l’Amérique de l’entre-deux-guerres, de la crise économique de 1929 à l’entrée dans la guerre en passant par la description du pays sous la présidence de Roosevelt. Capra mettait en scène le lien entre les citoyens et la politique. Pour lui, la vie d’un homme est liée à celle des autres : il avait foi dans l’individu mais aussi dans la solidarité.  La morale du conte est que chacun de nous a un rôle à jouer, l’accession au bonheur et à la réussite passe par le partage.

Le réalisateur y développait toutes les armes du cinéma pour s’interroger aussi sur la réalité et la fiction : comment voyons-nous notre propre existence ?

Ce film, on le retrouve sur le plateau comme en chair et en os. Les effets cinématographiques sont transposés, les comédiens sont vifs et ont plaisir à jouer ensemble…Comment le spectateur d’aujourd’hui peut-il être touché par cette adaptation ? En fait, le propos n’est pas démodé, pourquoi les costumes datent-ils des années 40 ?

Notre époque a été marquée par une crise, celle de 2008, ne connait-elle pas également des inégalités de plus en plus grandes ? La générosité  individuelle n’est-elle pas toujours vaincue par la férocité des égoïsmes ?

Loin de la bluette, le volet fantastique permet aussi de composer une « fantaisie métaphysique » selon le philosophe Marc Cerisuelo. Chacun affronte un jour ou l’autre ce scepticisme existentiel : « Et si je n’étais pas né ? ». Peut-être cette histoire fait-elle écho à nos doutes et nos regrets. Le héros n’est-il pas en quelque sorte un raté ?

Mais dans le cauchemar final, Georges voit le monde d’en haut, sans lui. Sa disparition l’envahit d’un tel sentiment d’horreur que, de retour au réel, il est soulagé, ni lui ni nous  ne regardons plus notre quotidien de la même façon. La fin est glorieuse : les habitants donnent tous à Georges l’argent dont il a besoin. Il retrouve son « Home, sweet home ». La tragédie est optimiste !

L’ange laisse à Georges cette dédicace : « Cher George. Rappelle-toi qu’un homme qui a des amis n’est pas un raté. (…) Amitiés, Clarence. »

Isabelle Royer 

 

 

       

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