Les séries peuvent parier sur l’empathie qui développe la conscience de soi-même et du monde.

Le terme de « scénariste » a longtemps évoqué, en France, un métier de l’ombre. Puisque seul comptait le réalisateur (souvent auteur lui-même), un statut privilégié hérité de notre culture de cinéma. (…)Aujourd’hui, nombre d’entre eux mettent en avant l’aspect créatif et artistique de leur métier. Après tout, ne sont-ils pas ceux qui imaginent les intrigues et les personnages dont sont faites nos histoires du soir, les séries ?

« Progressivement, le milieu change, note Fanny Herrero, créatrice de Dix pour cent (France 2).(…)

L’engouement du public pour les séries et le label de qualité qu’ont accordé les professionnels eux-mêmes aux meilleures productions étrangères ont joué un rôle décisif dans cette évolution en France. « Quand nous sont parvenues les séries scandinaves, de pays tout petits aux budgets bien plus réduits qu’en France, ça a été un choc. Les décideurs ont commencé à se dire que le mode de travail anglo-saxon pouvait peut-être nous aider à produire des séries plus ambitieuses, nous aussi », remarque Négar Djavadi (cocréatrice de Tiger Lily pour France 2). Diffuseurs et producteurs se sont aperçus qu’aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Scandinavie ou en Israël, le pilier des séries était bel et bien l’auteur-créateur et son imaginaire. Ils ont commencé à s’intéresser à la manière dont on y travaillait.

Beaucoup se sont alors entichés de deux « clés (apparemment) magiques », venues des Etats-Unis : le showrunner, autrement dit le créateur-producteur, et la writers’ room, une salle d’écriture où des auteurs salariés se retrouvent chaque jour pour développer une série collectivement.(…)

Selon les scénaristes interrogés, l’expérience est encore trop récente en France pour qu’on puisse désigner ceux qui le prétendent comme des showrunners à l’américaine. (…)

Le seul exemple, pour le moment, d’auteur à la fois créateur d’une série et maître d’œuvre de l’ensemble de sa fabrication, est celui du cinéaste Eric Rochant, à la tête de l’excellent Bureau des légendes (Canal+). (…)

Quant au concept de writers’ room, de « salle d’écriture », il n’a rien d’aussi nouveau qu’on a bien voulu le dire. Passer d’une culture du téléfilm de 90 minutes à la production en série (10 épisodes de 52 minutes) avait déjà conduit à créer des « pools » de scénaristes.

En 1997, par exemple, pour mener à bien sa série PJ (146 épisodes sur 13 saisons, pour France 2), l’auteur Frédéric Krivine avait eu recours à plusieurs auteurs développant son concept sous sa direction. (…) « Ces scénaristes qui échangent, se soutiennent, s’accompagnent, font évoluer notre paysage audiovisuel, note Virginie Sauveur (Virage Nord, sur Arte). C’est une formidable énergie ! »(…)

Mais (…) tout tient au traitement, à la forme, à l’ambition de la série.

Peut-on parler d’évolution dans ce domaine en France ? « Beaucoup de sujets que l’on ne pouvait pas aborder dans les années 1990 peuvent l’être aujourd’hui, répond Frédéric Krivine. Mais la manière de les traiter, elle, n’a guère changé. Les Candice Renoir, Caïn, Chérif, etc. reposent sur le vieux modèle des années 1990 et visent toujours “le plaisir modeste mais irréfutable” du spectateur, pour reprendre l’expression d’Umberto Eco. Depuis trente ans en France, on parie sur la sympathie avec le personnage principal, sur sa capacité de séduction, pas sur l’empathie qui développe la conscience de soi-même et du monde. »

A ce type de séries très éloignées des préoccupations quotidiennes du public, qui a même pour fonction de l’en distraire, s’opposent les séries « à prétention d’auteur », comme Frédéric Krivine les qualifie. « Il existe deux types de personnages dans les séries télé, détaille-t-il. Ceux de la famille Howard Hawks, qui résolvent tous les problèmes qu’ils rencontrent. Et puis il y a ceux de la famille John Huston, qui se grandissent, et éventuellement nous grandissent, en prenant conscience qu’on ne peut pas changer le monde. La richesse et la diversité des fictions dans les grands pays tiennent à la cohabitation des deux, avec Castle ou Colombo pour le plaisir, et The Wire pour un engagement du spectateur à l’égard de personnages vivant un conflit. En France, on n’a quasiment pas de séries castrées… En ce sens, nous faisons exception en Europe. »

 
  • Martine Delahaye
    Journaliste au Monde

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2016/10/29/les-scenaristes-francais-sortent-de-l-ombre_5022309_1655027.html#vULvdtWFavxH4zck.99

       

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