L’Ecole des femmes, Molière /Philippe Adrien

Le Volcan janvier 2017

On le sait, janvier c’est le mois du blanc. Le gel sur les toits, le linge dans les vitrines, les salons du mariage… Et sur scène! Philippe Adrien a choisi lui aussi le blanc pour monter la célèbre comédie de Molière qui parle de mariage, de pureté virginale et d’ardeurs refroidies.

Le beau voile blanc tendu sur tout le fond du décor donne le ton : il filtrera le regard entre la vie publique où se croisent les personnages et l’intimité du logis où la belle Agnès est confinée pour assouvir le sombre dessein d’Arnolphe, son tuteur. C’est le symbole aussi de son vain combat pour préserver l’innocence de la jeune fille puisque l’amour traversera sans encombre ces mailles patiemment tissées pour la retenir loin du monde et façonner une épouse modèle (donc soumise). C’est peut-être aussi le tamis à travers lequel Philippe Adrien a passé le texte de Molière pour le rafraîchir et alléger par un jeu réinventé une comédie pas toujours digeste aujourd’hui : longs récits, longs monologues mais surtout  les  lourdeurs de la farce initiale.

On s’accommode du bon tour joué à Arnolphe (tel est pris qui croyait prendre, on ne s’en lasse pas après tout), de la tromperie ourdie par la maisonnée sous le nez du barbon cocu avant d’être mari ( bon d’accord), du coup de théâtre final trop précipité (classique…). En revanche on a bien du mal à supporter ces valets grossiers aux plaisanteries scabreuses qui peinent à amuser le public avec leur jeu surfait.

Heureusement le texte de Molière recèle d’autres saveurs et le bel Horace a fait virevolter les alexandrins en séduisant Agnès! Et elle a vite appris à se défendre et à clouer le bec à son vieux tuteur. A lui les longs discours pontifiants mais vains, misogynes,  à elle le vers assassin : « Horace avec deux mots en ferait plus que vous ». Et toc !  Le quiproquo est roi ici et fait mouche à tous les coups. On rit beaucoup et on se régale des alexandrins quand ils sont  bien dits et qu’ils ricochent d’un mot sur l’autre dans les échanges les plus vifs ou s’épanouissent à l’envi quand le cœur palpite, faisant oublier leur mécanique implacable.  

Enfin il y a eu surtout le jeu plein de grâce de Pierre Lefebvre, Horace virtuose quand il lit la lettre d’Agnès, jouant et dansant tour à tour ce miracle de l’amour, prince charmant qui libère sa belle du carcan épouvantable promis par Arnolphe et enterre à tout jamais (on l’espère… !) les horribles maximes sur le mariage prônées par les maris jaloux du XVII° siècle.

Christine Baron Dejours

 

 

       

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