“Le théâtre est un endroit, pour ne pas dire l’endroit, le seul, où il est possible de dire quelque chose physiquement.”

Un amour impossible,  d’après le roman de Christine Angot adapté par l’auteur, mise en scène Célie Pauthe, Berthier 17ème (25 février 26 mars)

Célie Pauthe a été bouleversée par ce texte où mère et fille renouent leur histoire. Pour incarner leur dialogue et donner forme théâtrale à la transformation d’un « je » en « nous », elle a fait appel à Maria de Medeiros et Bulle Ogier.

« Avoir une mère »,  quelle est la vérité de ce lien ?  Christine Angot a mis longtemps pour aller puiser à un « fond de vérité » totale et complète, mêlant « intime, politique, social, physique, l’instant, et ce qui est permanent, toutes ces vies de ma mère, pour fonder une équivalence avec ce qui s’est tissé entre le lecteur et sa mère. »

Brigitte Salino s’entretient avec Christine Angot :

Quand vous écrivez une pièce, que voyez-vous ?

Je vois la scène, qui est un espace abstrait. Sur cette scène, il y a une personne, seule, ou il y a des gens qui se parlent, et il y en a d’autres, en face, qui regardent. Je pense énormément à ça, tout le temps. A cette adresse. A comment faire pour que le spectateur trouve sa place. Qu’il ait une possibilité de ne pas être là, juste à observer. Parce qu’on s’ennuie, quand même, au bout d’un moment, quand on observe. Quand le spectateur est réduit à réfléchir à ce qu’il voit, il ne pense pas à ce qui se passe. Et il ne trouve pas d’autre place que commentateur : « Ah oui, c’est bien, ou c’est pas bien. »

Pourquoi aimez-vous le théâtre ?

J’aime le théâtre parce que c’est vraiment un endroit du présent, et du plain-pied. Ce qui est dit apparaît vraiment par le corps des acteurs. Par la présence, avec laquelle personne ne peut tricher. Ou alors le masque tombe. Si quelque chose n’est pas juste, si quelque chose n’est pas vrai, si la parole est un peu fausse, eh bien il s’ennuie, le spectateur. Si un grand acteur joue un texte intéressant, on se dit : « Ah, c’est un grand acteur. » Si le texte est moyen ou pas très bon, il plafonne, le grand acteur.

Comment définiriez-vous un grand acteur ?

C’est quelqu’un qui comprend l’intégralité d’une phrase. Qui comprend l’intégralité d’un mot. Qui parvient, sans appuyer, à faire résonner chez le spectateur toutes les ondes des mots, des ponctuations, des phrases, et donc de la pensée. Un grand acteur comprend tout, mais il n’est pas dans le savoir pour autant. Etre dans le savoir, dans les romans comme au théâtre, ça ne m’intéresse pas. Mais être dans la compréhension, oui. Et ce n’est pas la même chose. Je fuis le discours.

Pour vous, cette compréhension acquiert une acuité particulière au théâtre ?

Oui, parce que  Au tribunal, vous ne pouvez pas. Chez les flics, vous ne pouvez pas. En société, vous ne pouvez pas. En famille, vous ne pouvez pas. Vous ne pouvez nulle part.

Même pas dans la relation amoureuse ?

Je pense que dans la relation amoureuse, on peut se dire les choses, mais pas en phrases. On les dit par le silence, on les dit par le toucher, on les dit par la vie en commun. On les dit de toutes sortes de façons, mais pas en phrases. Au théâtre, on peut les dire en phrases, c’est-à-dire avec des mots, qui résonnent en nous de façon très, très, très sensible. (…)

Que pensez-vous de ce que l’on voit, actuellement, sur les scènes françaises ?

Ce que je vois, et ce que j’ai beaucoup vu, c’est beaucoup d’ironie. Très peu de premier degré. Très peu de plain-pied. Une légèreté ironique, autrement dit une fausse légèreté, une légèreté qui pèse des tonnes, une pensée ironique, c’est-à-dire pas une pensée. (…)

Ce qui me gêne, là-dedans, c’est un bien-pensant esthétique, fait pour dire qu’on n’est justement pas bien-pensant. Moi, le théâtre qui m’intéresse, le théâtre qui me plaît, c’est celui où, demandez à Dominique Valadié, demandez à Gérard Desarthe, c’est celui où vous pouvez jouer au premier degré. C’est le plus difficile parce que, pour qu’il y ait la liberté du premier degré, il faut que toutes les couches de degrés aient été questionnées.

Vos textes sont peu portés au théâtre. Pourquoi ?

Parce qu’à un moment donné, j’ai dit stop. Il ne faut pas oublier que, dans ce que j’écris, je me suis beaucoup affrontée à une question qui fait partie des fondements de la tragédie, la question de l’inceste. J’ai eu beaucoup de difficultés quand des metteurs en scène ont voulu s’occuper de certains de mes textes. Le pathos : combien m’ont fait ce plan-là ? Combien d’acteurs, de metteurs en scène, etc. ?

Pleurer sur l’épaule de quelqu’un et lui dire : « Ouh là là ! la vie est bien triste. » Cela a été très violent, chaque fois qu’on m’a fait ce truc-là. Le héros tragique, ou celui qui se trouve dans une situation tragique, n’est pas dans le drame. Il est dans le tragique. Or très souvent, au théâtre, les metteurs en scène ont évité de poser cette question du tragique. Ils ont montré le petit drame de quelqu’un qui a subi des violences familiales. Alors que ce n’est pas des violences familiales.(…)

Vous êtes l’auteure, l’écrivaine ?

Ah non, pas l’écrivaine ! Un mot doit être une sensation, pas une déclaration. Il doit être employé sans qu’on y pense. Si je dis aux gens que je suis écrivaine, ils ne vont pas penser que j’écris, ils vont penser : « Ah, tiens, elle dit écrivaine. » Ils vont penser au mot, pas à l’activité. C’est le contraire de ce que je fais. Encore une fois, je fuis le discours.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/scenes/article/2017/02/25/christine-angot-le-theatre-est-le-seul-endroit-du-present_5085365_1654999.html#ZXmEZWdOKXfgOMIk.99

       

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Présidente de la MCH

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