Le théâtre est en deuil : Luc Bondy n’est plus.

Dans Le Monde :

“La nouvelle est tombée samedi 28 novembre, et un voile de tristesse s’est abattu sur le théâtre : le metteur en scène Luc Bondy, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, est mort d’une pneumonie, au matin de ce samedi, à Zurich, à 67 ans. (…) Un homme multiple, changeant, brillant, limpide et insaisissable. Son théâtre lui ressemblait : virevoltant de vie, pressé de désirs, teinté d’ombres fugitives, dont l’une était celle de l’Histoire.

Luc Bondy appartenait à une famille juive issue de la Mitteleuropa. Son grand-père, Fritz Bondy, avait dirigé le Théâtre de Prague, et connu Kafka. Son père, François Bondy, journaliste et intellectuel, s’était réfugié à Zurich pour fuir le nazisme. C’est là que Luc Bondy naît, le 17 juillet 1948. Mais c’est en France qu’il passe la plus grande partie de son enfance et de son adolescence. (…)

(…) à Paris, il entend parler de l’école Jacques Lecoq, une fameuse pépinière, où l’on ne compte pas ceux qui y sont passés, d’Ariane Mnouchkine à Christoph Marthaler. Cette école lui apprend qu’il doit voler de ses propres ailes. Il s’en va, part pour l’Allemagne, en 1969. Luc Bondy a 21 ans. C’est le grand saut. Il découvre un pays où les ruines de la seconde guerre mondiale sont encore présentes. Et il commence à travailler dans le théâtre.

Déjà, il se démarque. Il saute les étapes, qui imposent d’ordinaire une longue formation à la mise en scène en tant qu’assistant. Dès 1971, il signe ses premiers spectacles, Le Fou et la nonne, de Witkiewicz, à Göttingen, et Les Bonnes, de Genet, à Hambourg.(…) Sa renommée grandit vite. Elle le mène au début des années 1980 à la Schaubühne de Berlin. C’est la gloire.

La Schaubüne est la scène la plus importante d’Europe. (…) C’est dans ces années-là que Luc Bondy fait ses débuts en France, où l’invite Patrice Chéreau, qui dirige le Théâtre de Nanterre-Amandiers. Sa première création, Terre étrangère, d’Arthur Schnitzler, en 1984, est un événement qui marque la décennie : redécouverte d’un auteur, découverte d’un metteur en scène. A partir de ce moment-là, Luc Bondy se partage entre Paris et Berlin. Toujours entre deux avions, deux projets, plusieurs vies.

Un appétit de lecture inextinguible

Ses amitiés sont nombreuses, sa soif de rencontres ne tarit jamais, son appétit de lecture, attisé par l’insomnie, est inextinguible : où qu’il aille, il a un livre à la main, que souvent il donne, quand il l’a lu. Il écrit, aussi, de beaux livres (A ma fenêtre, chez Bourgois, en 2009 ; Dites-moi qui je suis, chez Grasset, en 1999…). (…)

Il a l’intelligence vive, et il sait la force de son art qui en fait un des premiers metteurs en scène en Europe, au théâtre et à l’opéra, où il a signé de belles productions, en particulier Hercules (musique de Haendel), Le Tour d’écrou (musique de Benjamin Britten) ou Julie (musique de Philippe Boesmans). Sur sa route, dans les années 1990 et 2000, il y a son ami Peter Handke, Ibsen, Guitry, Racine, Beckett, Yasmina Reza, Martin Crimp, Ionesco, Marivaux, Molière… Luc Bondy aimait varier les genres et aurait aimé redorer le blason du théâtre dit de boulevard. On pourrait s’arrêter sur nombre de ses mises en scène. Il en a signé une soixantaine.

(…) Chaque création de Luc Bondy avait une couleur. Toutes reposaient avant tout sur les distributions, que le metteur en scène choisissaient avec un soin extrême. (…) Le théâtre, il l’habitait, à la façon d’une maison où tout vibre, tout bruit, crie ou chuchote, pleure ou aime. C’est cela qui était beau, dans ses mises en scène. Entendre et sentir tous les palpitements de la vie.”

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2015/11/28/luc-bondy-directeur-du-theatre-de-l-odeon-est-mort_4819741_3382.html#aECA86zWAOvLI2yD.99

       

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