“Le Plaisir de l’amour”, de Robert Poudérou

Laurette Théâtre Avignon  – juillet 2014

“Le Plaisir de l’amour de Robert Poudérou” Compagnie Les Enfants terribles.

Il est des plaisirs qui traversent les siècles. Celui de l’amour symbolise absolument cette pérennité.

C’est ce que semble nous dire avec un délicat enjouement la pièce de Robert Poudérou qui, justement, s’intitule Le Plaisir de l’amour. Mais l’auteur, avec un soupçon de mélancolie, nous rappelle que ce plaisir taraude souvent douloureusement tous les âges de la vie. De la difficile initiation du jeune Victor et de la non moins jeune Rosalie, aux craintes de Sophie, leur initiatrice, dont les premières rides, eût dit Serge Regianni, sont les premiers tourments. A vrai dire, dans cette histoire de tous les temps, on ne saurait situer la date des tribulations amoureuses qui nous sont si joliment contées. Sophie est un peu à l’image de ces cocottes du début du siècle dernier qui jouaient de piquants vaudevilles à la scène comme à la ville. Mais l’écriture de Robert Poudérou rappelle la langue du dix-huitième siècle dont l’élégance se prêtait si bien aux jeux infiniment subtils de la séduction, à leur léger libertinage et à leur érotisme raffiné.

Car le plaisir de l’amour ne va pas sans le plaisir de le dire. Et justement, le spectacle commence par la déclinaison de ces termes savoureux qui, au long des siècles, stimulèrent l’imagination langagière pour nommer le sexe de l’homme et de la femme et l’affubler de cocasses métaphores et de pittoresques sonorités. Surgit alors un jeune garçon, visiblement agité par les attentes encore insatisfaites de sa bistouquette ou de son rossignolet. L’acteur a cet air benêt d’un héros de Labiche ou de Feydeau et les maladresses d’un âge partagé entre une paralysante timidité et les assauts brutaux d’un désir à peine maîtrisé. Sophie peine à le rabrouer, hésite à le contenter. Non par une vertueuse réticence, la peur plutôt d’une aventure qui pourrait laisser trop de cicatrices. Car l’homme et la femme ne sont pas « sur la même longueur d’âme ». Surgit au cœur de ce dilemme l’inénarrable docteur Somnol, galant gaillard, moins dangereux en somme, avec ses transparentes intentions, que les attentes trop violentes de son jeune rival.

Au-delà de toutes ces péripéties, il faut savourer le style de cette comédie de Robert Poudérou. La vivacité de ses répliques, l’esprit de ses réparties et aussi la satire acidulée de ces empêcheurs d’aimer en rond : les militaires grincheux, les curés sournois, malveillante alliance du sabre et du goupillon.

 

 Yvette SIMON Association Maison de la culture. Le Havre

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