LE JOURNAL DE L’ASSOCIATION MCH#3 – 2015

TRIMESTRIEL  5 Février 2015

Que sera l’année 2015 ?

Le Volcan rénové nous ouvre ses portes et nous attendons des découvertes artistiques fortes. Le travail de terrain des acteurs culturels du Havre, notamment celui des petites structures, sera-t-il reconnu et valorisé ? Le rapport remis par les experts sur l’assurance-chômage des techniciens et des artistes mettra-t-il fin à la précarisation croissante des salariés intermittents ?

Et la culture ? Sera-t-elle reconnue à cette juste place qu’exigent la démocratie et les œuvres de l’esprit propres à libérer chacun d’entre nous ?

Voici une rentrée difficile.

Le massacre à Charlie Hebdo et au supermarché Hyper Cacher suscite notre chagrin et nous rassemble autour de valeurs que nous pensions universelles : la liberté de penser, de s’exprimer, de créer.

Charlie Hebdo, « journal irresponsable » comme il se revendiquait, avait peu de lecteurs. C’était avant l’attentat. Sa violence nous rappelle, à nous qui sommes si oublieux de notre histoire, que les droits dont nous jouissons sans même nous en apercevoir, ont été et sont gagnés par des combats, menés parfois avec des armes, mais aussi des idées, des mots, des images, des lois. Penseurs, artistes, militants, ont dessiné notre pays mental.

Le philosophe Voltaire avait fait du rire et de l’ironie une arme féroce au service de l’intelligence et de la raison contre l’obscurantisme et le fanatisme. Nos amis de Charlie Hebdo en sont morts. Gageons que ce n’est pas pour rien.

En effet, la liberté, la diversité, la tolérance, fondements de la démocratie, sont au rendez-vous des arts de la scène, de la littérature, des arts plastiques, du cinéma, tous les jours. Elles sont liées à cette jubilation que donnent le savoir, l’émotion créatrice, l’intelligence, l’éducation, bref la culture, notre bien commun.

Finalement, tous ceux qui travaillent au partage de cette richesse, les artistes, les différents lieux artistiques, les spectateurs, les citoyens, les élus, ont reçu en ce début d’année une boussole pour leur action. •

TRIMESTRIEL 6 Mai 2015

La démocratie n’existe pas : on la fait advenir par des combats constants. La culture n’existe pas : elle se construit, un peu tous les jours, au gré des rencontres, des concerts, des spectacles et des films vus. Le « bourgeois gentilhomme » inventé par Molière dans la pièce éponyme vue ou revue avec bonheur au Volcan grâce à Denis Podalydès, se trompe quand il croit qu’apprendre un pas de danse ou une leçon suffirait à l’élever… Lui c’est l’argent et la reconnaissance de l’aristocratie qu’il veut. Nous c’est la richesse des sentiments, des idées et des rapports humains qui nous font envie !

Contre nous de nombreux obstacles se dressent : les inquiétudes liées aux crises économiques, la sidération des images et des discours de propagande, les tentations de la consommation, la séduction des maîtres, notre propre paresse intellectuelle…

Il semble que dans le monde les régimes autoritaires se portent bien. L’ordre dicté par la force fait recette. Le chef a la cote. Parallèlement les démocraties échouent à graver d’une empreinte durable leurs valeurs d’égalité, de solidarité et de dignité partagée sur nos sociétés en crise.

Avec nous sont les artistes qui parlent à notre curiosité et notre intelligence avec passion et liberté, et des passeurs de culture : professionnels des compagnies, des festivals et des lieux culturels publics ou privés, propriétaires de cafés et de bars à vocation artistique, commerçants en objets culturels, associatifs, élus éclairés… Tous ceux, au fond, qui parient avec générosité sur les richesses de l’esprit, le plaisir des arts et les bienfaits des échanges.

Lors de notre 3ème Grande conversation sur « La nudité dans le spectacle vivant » le 11 mai 2015 au Tétris, Roland Huesca évoquait la danseuse Maria Donata d’Urso invitée par le Phare : elle désorientait le public en faisant de son corps une énigme. Dans un monde non univoque, l’artiste déconstruit heureusement quelqu’image logée dans la mémoire du spectateur et y imprime des images plurielles, libres, vivantes, de celles qui édifient au jour le jour la démocratie. •

TRIMESTRIEL  8 Octobre 2015

Culture, es-tu là ?

Les derniers mois ont été désespérants. Les medias ont montré des milliers de personnes fuyant la guerre, la misère, la destruction, la dictature. Dans le reste du monde, le mot « frontière » a pris son sens éternel de « barrière », et non de « porte » telle que nous la souhaitons. Et devant des images de peur, de rejet et de haine, comme si chercher un refuge menaçait notre civilisation, un sentiment d’impuissance s’est emparé de beaucoup d’entre nous. Surtout en France où de sombres souvenirs de réfugiés espagnols, juifs, harkis, parqués dans des camps de rétention, n’ont pas disparu de nos mémoires.

On se souvient du film de Fellini Et le navire va, en 1982. Cela se passe avant la 1ère guerre mondiale. Fellini montre en particulier la confrontation entre deux mondes antagonistes, celui de réfugiés serbes recueillis dans la soute par le commandant et celui d’aristocrates et de chanteurs d’opéra réunis sur le pont pour rendre un dernier hommage à une cantatrice décédée. Ces artistes et leur public sont souvent ridicules parce qu’ils sont enfermés dans leur art et leurs traditions. Le navire fait naufrage. Pour Fellini, si l’art est coupé du réel, il s’adresse au néant.

À Avignon, Olivier Py, intitulant son édito « Je suis l’autre », s’interroge : « La culture sera-t-elle demain cette éducation citoyenne de l’adulte qui changerait réellement le lien social ?

L’éducation deviendra-t-elle enfin le réel souci de la nation, la volonté de créer des êtres pourvus de sens critique et capables de s’inventer un destin ? Et les citoyens, passée la prise de conscience, oseront-ils parier sur la culture plutôt que sur l’ignorance, sur le partage plutôt que sur le repli, sur l’avenir plutôt que sur l’immobilité ? » Et plus loin il affirme que pendant le festival « Quelque chose est rompu du silence désespéré ou coupable, du silence où l’on se sent dépareillé et seul ». La culture comme un contre-récit énergique et libérateur.

Et c’est bien ainsi que nous, spectateurs exigeants, dressés contre la pensée réactionnaire, concevons la culture. Non pas comme une suite d’évènements spectaculaires et de niaiseries divertissantes, sympathique illusion.

Peut-être Oscar Niemeyer avait-il raison de construire ses « Volcans » à moitié sous le niveau des rues. Car le spectacle vivant ne nous invite-t-il pas à descendre en nous-mêmes, dans quelque moi enfoui, celui qui reconnait, au fond, qu’on ne peut pas confondre les victimes et les bourreaux et que la menace de terrorisme généralisé et de désagrégation est idéologique. Celui qui refuse les falsifications et les mensonges sur la réalité du monde. Celui qui sait que la scène est une chambre d’échos du réel propre à libérer la conscience et l’esprit. •

       

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