Le FN et la culture

Dans le Monde du 7 novembre 2015

“En 1992, nous avions demandé à des chefs du Front national leurs goûts en matière de culture. Ils avaient surtout évoqué leurs dégoûts. (…) Aujourd’hui, c’est une autre musique. Marion Maréchal-Le Pen se trémousse en boîte de nuit, David Rachline, le maire de Fréjus, s’éclate sur de l’électro, Stéphane Ravier, élu à Marseille, entre en transe sur du hard rock. (…)

Lire aussi : L’offensive culturelle des jeunes élus FN

Entre la culture frontiste de grand-papa et celle de sa petite fille, il y aurait donc un monde. Plutôt un changement de style. Le FN ne laisserait sans doute plus son responsable des fêtes dire, comme en 1992, que la gauche fait « régner un terrorisme intellectuel par le biais de trois lobbies : juif, marxiste et homosexuel ». Mais sinon le parti préfère toujours le patrimoine à la création, les artistes français (ou régionaux) aux étrangers, la culture populaire à celle des spécialistes.

Et l’art figuratif à l’art abstrait. Le 6 septembre à Marseille, Marion Maréchal Le Pen s’est moquée des « bobos qui font semblant de s’émerveiller devant deux points rouges sur une toile car le marché aurait décrété que cet artiste a de la valeur ». Plus largement, la tête de liste FN en Paca a deux cibles : une culture de rupture, celle qui dérange, choque, se coupe « de notre civilisation » ; et une culture « d’élite, inaccessible au peuple ». Autant qu’elle dise qu’elle n’aime pas la culture tout court, car depuis Lascaux la création progresse au rythme d’œuvres transgressives et mal reçues par le plus grand nombre.

Des subventions de 700 millions d’euros par an

(…) Dans la culture, c’est plutôt la résistance qui s’organise. Contre la récupération par le FN, sur son site Internet, de Jean Vilar, symbole d’un théâtre populaire et du festival d’Avignon. « Vilar se situait exactement à l’inverse des thèses d’exclusion, de repli identitaire, de populisme et de haine développées par le Front National », écrit par exemple Didier Deschamps, directeur du Théâtre national de Chaillot.

L’heure est aussi à la mobilisation après la sortie culturelle de Marion Maréchal Le Pen du 6 septembre. Les responsables de théâtres ou de festivals en PACA ont signé un manifeste dont le titre, « Prière de déranger ! », est une façon de dire comment ils conçoivent leurs missions. Le samedi 28 novembre, une semaine avant le premier tour des Régionales, ces mêmes acteurs se retrouveront à la Friche de la Belle de Mai, à Marseille, pour défendre une création « transgressive » : débats, concerts, performances, fresque géante à partir de points rouges…

Cette mobilisation ne fera en rien reculer le FN et ses électeurs. Elle augure juste de relations tendues avec le monde culturel si ce parti venait à l’emporter en Paca et dans le Nord. Marion Maréchal Le Pen a promis un coup de balai. Mais que pourra-t-elle faire ? Les conseils régionaux, ensemble, donnent autour de 700 millions d’euros par an à la culture, soit autour de 9 % des dépenses des collectivités locales dans ce secteur. Modeste mais essentiel pour boucler les budgets des grosses institutions, et faire vivre une multitude de petits projets. Qui pourraient être malmenés.

Lire aussi : « Non, le FN ne tient pas un discours de vérité », par Olivier Py

Rejet de la « culture cultivée »

La charge du FN intervient alors que d’autres voix dénoncent l’élitisme culturel. Pour preuve, l’entretien réalisé par le Bondy Blog – pas vraiment un site d’extrême droite – avec la ministre de la culture Fleur Pellerin, abrité le 26 octobre par Libération. Première question : « Vous ne trouvez pas que l’argent public sert davantage à financer une culture des élites ? » Réponse : « Les responsables des institutions voient bien qu’on ne peut pas continuer de mener une politique pour 10 % de la population. »

On a rarement entendu une ministre dire aussi brutalement les choses. Dire qu’à côté de la « culture cultivée », il faut aider une création urbaine qui parle plus aux jeunes. Mais sur la démocratisation de la culture, la ministre se cassera le nez. Comme ses prédécesseurs depuis trente ans. Parce que les formes audacieuses sont rarement populaires. Que l’on sait depuis Pierre Bourdieu et son livre La Distinction (1978), qu’un jeune de banlieues n’ira pas au musée tant qu’il pensera que ce n’est pas pour lui. Que l’unique lieu pour casser les barrières sociales est l’école. Qu’il faut faire entrer dans les classes des peintres, photographes, cinéastes, designers, stylistes, architectes, pour qu’ils dialoguent et créent avec les élèves. Cette utopie fut ébauchée entre 2000 et 2002 par les ministres Jack Lang (éducation) et Catherine Tasca (culture). Puis sabordée sous Jacques Chirac. Et jamais reprise par la gauche. Car l’artiste à l’école fait peur.(….)

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/06/le-fn-et-la-culture-sale-temps-pour-l-elitisme_4804734_3232.html#vW7FfFJ3HVQU5F6R.99

       

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