Le 7e art s’est trouvé une grammaire dès ses débuts

TELERAMA
En 1895, les frères Lumière créent une machine qui allait émerveiller le monde entier : le cinématographe.
 
Armés de leur invention, ils signent les tout premiers films de l’histoire du cinéma. Mise en scène, travelling, trucage ou remake : ils posent également la grammaire technique de ce qui allait devenir le 7e Art. Le film réunit des chefs-d’oeuvre célèbres ou des films plus obscurs…
 
Ce montage, composé et commenté par Thierry Frémaux, d’une centaine de films sur les quinze mille tournés entre 1898 et 1905 par les ­Lumière et leurs opérateurs est un ­ravissement.
L’aventure commence avec la célèbre Sortie d’usine de 1895 — qui, en réalité, fut filmée trois fois… Puis, classées par sous-ensembles thématiques, les perles défilent, à la fois témoignages des temps passés et chocs de modernité : ces « vues » de moins d’une minute se posent comme les ancêtres de toutes les vidéos que tout un chacun, aujourd’hui, réalise avec son téléphone portable, en nettement mieux cadré…
 
LE MONDE
 
Le 7e art s’est trouvé une grammaire dès ses débuts, montrent les vues restaurées datant de la fin du XIXe siècle.
 
Filmer le peuple

Expérience artistique, chronique sociale, publicité pour une entreprise qui s’est déjà imposée sur le marché de la plaque photographique, hommage de patrons à leurs salariés : Sortie d’usine, le premier film de l’histoire du cinéma, est tout cela à la fois. Comme le note Thierry Frémaux, qui, en tant que directeur de l’Institut Lumière de Lyon, a supervisé avec Bertrand Tavernier la restauration et la diffusion des films tournés par les frères Lumière à partir du printemps 1895 (Lumière ! l’aventure commence, en salle), « ce sont des inventeurs devenus industriels, proches de leurs ouvriers – d’ailleurs, devenus riches, ils sont restés dans le quartier de l’usine. Le premier personnage de l’histoire du cinéma, c’est donc le peuple ».(…)

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« Partie d’écarté » (1896)

« Partie d’écarté » (1896) Ad Vitam

Composer l’image

(….) le cinéma est un art, annoncent les frères Lumière en composant le cadre de cette partie de cartes comme Cézanne a conçu certaines versions des Joueurs de cartes : « Trois personnes autour d’une table, un homme debout », observe Thierry Frémaux, qui veut mobiliser les historiens d’art pour déterminer si Louis Lumière connaissait le tableau avant de tourner ce film.(…)

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« Bonne d’enfants et soldat » (1897).

Faire rire

Les premières projections se font en famille, devant des scientifiques et des industriels. Ce sont des documents pris à la réalité, même si l’on distingue déjà des éléments de mise en scène. Dès juin 1895, les frères Lumière tournent le premier film de fiction, Arroseur et arrosé, qui sera montré lors de la première projection payante à Paris.

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« Le village de Namo. Panorama pris d’une chaise à porteurs » (1900).

Montrer l’ailleurs

Dès 1896, les frères Lumière ont ­envoyé des opérateurs à l’étranger. ­Gabriel Veyre, lyonnais comme ses employeurs, est le plus fameux de ces pionniers. En 1900, date de ce moment de bonheur cinématographique, il a perfectionné son art. On a déjà filmé d’un bateau, d’une voiture, d’un ballon. Cette fois, le cameraman est installé dans une chaise à porteurs après laquelle courent des enfants d’un village de l’actuel Laos, alors sous domination française.

(…)Quand l’équipe de l’Institut Lumière a montré ces films au cinéaste indien Mrinal Sen, celui-ci a observé : « Le cinéma ne juge pas, il oblige à regarder. »

  • Thomas Sotinel
    Journaliste au Monde

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/02/02/cinema-les-annees-lumiere_5073517_3232.html#RDlioRUR4eFRw8VB.99

       

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