L’atelier, film de Laurent Cantet, suit “ces jeunes qui, accablés par l’absence de perspectives et enragés par l’ennui, sont tentés par le pire pour se sentir vivre. “

.Jacques Mandelbaum analyse le film dans Le Monde :

…L’idée de la transmission, mais aussi bien de sa rupture tragique, est un motif important du cinéma de Laurent Cantet, 56 ans, fils d’instituteurs. Le motif s’impose dès son premier long-métrage – Ressources humaines (1999) mettait aux prises dans la même usine un père ouvrier et un fils stagiaire à la DRH – se poursuit dans L’Emploi du temps (2001), histoire d’un père de famille en déconfiture, revient aujourd’hui en force avec L’Atelier.(…)

Ce nouveau long-métrage prend place à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), où une romancière en vue (Marina Foïs) vient animer un atelier d’écriture avec des jeunes de la ville (interprétés par des jeunes sinon de la ville, du moins de la région)…

Une fable qui s’inscrit dans l’histoire de la ville. .. l’épopée des chantiers navals, fleuron d’une industrie locale éradiquée en 1988, et avec elle la culture ouvrière qui la faisait vivre, pour laisser place à la réparation de bateaux de plaisance.
La Ciotat, où les frères Lumière, plaisanciers en ce lieu, filmèrent en 1895 l’un des premiers films de l’histoire : L’Entrée d’un train en gare de La Ciotat, avant de le projeter en janvier 1896 dans ce que d’aucuns considèrent comme la première salle de cinéma (….)

Malika, petite-fille d’un ouvrier algérien qui a passé sa vie sur les chantiers, imagine un récit qui relierait la découverte actuelle d’un cadavre d’homme noir ou maghrébin au long conflit passé qui avait accompagné la fermeture des chantiers. Antoine, a contrario, n’a cure du passé ouvrier de la ville, rêve de films d’action américains, est obnubilé par la violence du présent, et imagine un attentat de type terroriste dont la victime serait blanche.(…) Olivia, dans une position de neutralité assez durement éprouvée, est déstabilisée et intriguée par le jeune homme. (…)
La proximité d’Antoine avec des cercles identitaires, sa fréquentation d’un groupe d’amis qui s’occupent, quand ils ne font pas la fête, à tirer au pistolet dans les bois et à faire semblant, cachés dans les fougères, de shooter des Roms. (…)

La grande question qui sourd de ce film solaire réalisé à l’ombre des chantiers abandonnés : la rupture des transmissions et des solidarités insidieusement opérée par un système qui transforme avec une avidité belliqueuse tout un pan de la société, jeunesse en tête, en quart-monde.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/10/10/roman-noir-pour-jeunesse-en-quete-d-espoir_5198601_3476.html#jlBr41yktbHyrhIX.99

       

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