« L’art nous fait voir à nous-même notre propre vie » Proust.

Vient de paraitre de Jean-Yves Pouilloux, « L’art et la formule ».

« »Ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n’a pas, dans le sens courant, à l’inventer puisqu’il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur. » Ces lignes souvent citées sont écrites par Marcel Proust dans le dernier tome de son immense construction, Le temps retrouvé. Elles ne sont pas exactement faciles à interpréter, et l’on a souvent été tenté d’y voir l’expression d’une croyance plus ou moins mystique dans la permanence d’un au-delà de la mort qui viendrait hanter les vivants, ou d’une adhésion à ce qu’on a appelé des tentations spiritualistes voire carrément spirites, ou encore d’une philosophie idéaliste. On peut aussi y lire une véritable « religion de l’art », et de la littérature en particulier.

Et tant d’autres, poètes, essayistes, romanciers, qui ont ressenti l’urgence d’ouvrir les yeux, ou comme disait Huxley, reprenant William Blake, d’ouvrir les « Portes de la perception ». C’est le parcours que je me propose d’explorer à travers des œuvres en apparence éloignées les unes des autres, et même hétérogènes, mais, selon moi, mues par une préoccupation analogue. »

« Ce travail de l’artiste, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l’expérience, sous des mots quelque chose de différent, c’est exactement le travail inverse de celui que, à chaque minute, quand nous vivons détourné de nous-même, l’amour-propre, la passion, l’intelligence, et l’habitude aussi accomplissent en nous, quand elles amassent au-dessus de nos impressions vraies, pour nous les cacher entièrement, les nomenclatures, les buts pratiques que nous appelons faussement la vie.

En somme, cet art si compliqué est justement le seul art vivant. Seul il exprime pour les autres, et nous fait voir à nous-même notre propre vie, cette vie qui ne peut pas s' »observer », dont les apparences qu’on observe ont besoin d’être traduites et souvent  lues à rebours et péniblement déchiffrées. Ce travail qu’avaient fait notre amour-propre, notre passion, notre esprit d’imitation, notre intelligence abstraite, nos habitudes, c’est ce travail que l’art défera, c’est la marche en sens contraire, le retour aux profondeurs où ce qui a existé réellement gît inconnu de nous, qu’il nous fera suivre. » Proust – « Le temps retrouvé ».

 

       

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Présidente de la MCH

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