L’Apéro des spectateurs/février 17

Réunis le 9 février,   les spectateurs que nous sommes ont échangé sur quelques évènements culturels du mois. Voici un rapide aperçu…

  • nous nous sommes réjouis de certains lieux Le Lavomatic Tour (face Cave à bières, 1er mardi de chaque mois), La Causerie (près Gens de mer, dimanche 11h/13h) et avons discuté de l’influence du lieu sur les spectacles (TB pour Espaece, trop grand pour Lisbeth Gruwez)
  • avons partagé sur des spectacles, Halka dont le message en arabe aurait dû être surtitré, Rage décevant malgré un bon comédien (aux Bains-Douches), Le Bourgeois gentilhomme qui rapproche l’aristo du people (ce que Sylvette conteste) et qui a fait rire plusieurs d’entre nous ( peut-être plus de travail aurait été nécessaire ?),
  • Bienvenue en Corée du Nord, si drôle, avec de jeunes acteurs doués, peu de décor et un travail de clown génial
  • évoqué Le Goût des autres : la passion des élèves du conservatoire; Détroit, ville dévastée/corps dévasté; lecture de Fahrenheit 51 (des jeunes sont partis); l’intelligence de Laferrière …
  • été envoutés par Sissoko
  • émus par le Journal de Feraoun : Le contraire de l’amour. Quatre jours de plus, et Mouloud Feraoun aurait connu l’Algérie indépendante. Il a été assassiné par l’OAS le 15 mars 1962. Son Journal, écrit durant la guerre, rend compte de ses espoirs, de sa tristesse et de ses doutes quotidiens. De l’insurrection des fellaghas à l’oppression du peuple algérien, l’écrivain se fait un devoir de témoigner des évènements de son pays. Né en 1913 à Tizi Hibel, Mouloud Feraoun a été instituteur et directeur d’école en Algérie avant de devenir inspecteur des Centres sociaux. Il est notamment l’auteur de Le Fils du pauvre et LaTerre et le Sang (Prix populiste 1953).
  • avons vu au Bastringue, Recherche Suzanne désespérément inspiré par 2 films (lire article d’Annie  http://asso-maisondelaculture.fr/thelma-recherche-louise-desesperement/)
  • du Molière : à Caen, Dom Juan, mis au goût du jour avec pertinence par Myriam Muller luxembourgeoise (article d’Isabelle : http://asso-maisondelaculture.fr/un-dom-juan-au-21eme-siecle/) et au Volcan L’école des femmes heureusement réentendue (Christine :
  • http://asso-maisondelaculture.fr/lecole-des-femmes-moliere-philippe-adrien/)

Recherche Suzanne

Le choix du titre fait référence à deux  film,  Thelma et Louise de  Ridley Scott (1991)et Recherche Suzanne désespérément de Suzanne Seidelman (1985). Les deux films explorent certaines images de la femme…
Le 1er dresse un portrait dur de l’Amérique profonde, primaire, rétrograde qui accorde peu de considération à la femme. Les deux amies (Geena Davis et Susan Sarandon) essaient de fuir un milieu misogyne et vivent des aventures de liberté jubilatoires mais risquées. Brad Pitt y faisait ses débuts !  La scène de fin est devenue mythique.
Le 2ème est une comédie légère, typiquement New-Yorkaise mettant en scène une bourgeoise coincée (Rosanna Arquette) qui s’ennuie et une jeune femme libérée et quelque peu déjantée (Madonna qui se lançait dans le cinéma et imposait avec succés son look trash et provocant : bustiers noirs en dentelle, tops en résille, leggings. ).
Le titre de la pièce fait référence à la femme forte ou légère, victime ou coupable, passive ou rebelle.
Le cadre : le restaurant où les personnages vont raconter leur histoire, leurs états d’âme, vivre des instants joyeux, tristes, violents, tendres.
Certaines scènes sont jouées d’abord à la façon d’une femme soumise puis à la façon  d’une femme combative. Le tout ponctué de chansons et soutenu par les voix de la chorale de Babel à la manière des choeurs antiques.
Annie Drogou

Thierry Tanter présente la pièce : Thelma recherche Louise, elle va trouver Adèle, Boni, Aline, Maria, Marlène, Agathe, Simone des voix dignes de la tour de Babel, et l’homme… pas sûr…

Nous nous sommes inspirés de plusieurs scènes de cinéma pour réécrire une histoire, des histoires de femmes, des paroles de femmes et livrer devant vous un spectacle chargé d’émotions, de rires, de musiques et de chansons.

(aidés en cela par la contribution des “voix Babel”)

https://www.facebook.com/events/612787362242795/

DOM JUAN, Myriam Muller / Théâtre de Caen, janvier 2017

Myriam Muller, metteure en scène luxembourgeoise, n’a pas froid aux yeux : elle prend le chef d’œuvre de Molière, Dom Juan, à bras le corps, et se demande : qu’a-t-il  à dire à une femme du 21ème siècle ?                                                                                                                             Dom Juan, un quarantenaire fils de famille, pas « beau gosse » mais à la virilité séduisante (Jules Werner), noceur, oisif et dragueur. Massif et musclé, il fait du sport. Son complice Sganarelle est grand, dégingandé, le plus souvent en costume.

Des deux compagnons, Sganarelle semble lui aussi fêtard, jouissant des dérèglements de son maître et admiratif.  Mais il pose un regard lucide,  amusé ou ironique, sur les situations dans lesquelles il est entraîné. Merveilleux Valéry Plancke ! On rit de bon cœur quand il veut en remontrer à Dom Juan sur le Dieu créateur des merveilles du monde et de sa carcasse…C’est lui qui ouvre la pièce, lui qui la clôt. Dans le fond, il est l’Ami, et ses dernières paroles prennent tout leur sens de chagrin : « Il n’y a que moi seul de malheureux »

Les comédiens sont formidables. Pas une phrase qui n’ait sa nécessité, sa justesse. Car Myriam Muller les prend au sérieux. Les tirades célèbres, de la fidélité, de l’hypocrisie, de la vertu, du pur amour d’Elvire, en sont vivifiées par une appropriation réfléchie des comédiens.

Un loft où sont éparses des traces d’une nuit de fête : alcool, musique techno et petites pépées…. Ce décor a toute sa justification dans une scène des paysannes joliment actualisée, discothèque  avec boule à facettes, musique à fond, danse et orgie générale…Pierrot, drôle et adorable Gusman Renelde, amoureux, dépassé. Trompées par les promesses de mariage de Dom Juan mais pas victimes pour deux sous, Charlotte (Caty Baccega) et Mathurine (Delphine Sabat) sont naïves certes, mais prêtes à tout pour s’amuser.  

                                                                       

 

C’est dans sa baignoire que Dom Juan écoute sa mère, grande aristocrate, le traiter de « monstre » pendant son sermon sur la vertu. L’idée de remplacer Dom Louis par la mère ? On réentend le texte. Et il ne s’agit plus d’un échange entre hommes mais du plaidoyer d’une mère atteinte dans sa chair par la vie dissolue de son fils « J’ai souhaité un fils avec des ardeurs nonpareilles… » Ce choix accentue la dépendance du fils, matériellement et psychologiquement, et  inscrit son rapport aux femmes dans une guerre de domination.                                                             

Et Dieu dans tout ça ? Son bon vouloir, sa liberté, sont pour Dom Juan, noble endetté, profitant de la supériorité de sa classe, les seules lois qui vaillent, la notion d’honneur l’ennuie et les limites que tous cherchent à lui imposer lui sont insupportables. Sa réaction dans la scène V de l’Acte IV est significative : « – Ah, monsieur, vous avez tort. –J’ai tort ? – Monsieur…- J’ai tort ? » Il se jette sur lui, hors de lui, et l’agrippe violemment par sa veste.

Dom Juan est courageux et n’aime rien tant que se battre,  tuant le Commandeur, qui erre en fond de scène, dandy en costume blanc, fantôme vaguement menaçant,  et tirant l’épée au secours des frères d’Elvire ou  contre eux.  

Dans cette mise en scène, il meurt de l’épée de Dom Carlos. «  Si vous m’attaquez, nous verrons ce qui en arrivera ». Pas de Deus ex machina. Car Dom Juan est un sceptique que rien ne peut convertir, et surtout pas les superstitions de son valet ou les préceptes de l’Eglise. Le Pauvre est incompréhensible. Les références de sa mère et d’Elvire au Ciel tout autant. Le miracle du Commandeur acceptant à dîner est pour lui une illusion suscitée par « un faux jour » ou  « quelque vapeur », et la « poltronnerie » de Sganarelle l’enrage.

« Rien n’est capable de m’inspirer de la terreur. »                                                                                                                                        Mais toute la société s’est levée contre lui, il est désormais trop tard.

« Les agissements de Dom Juan sont ceux de tous ses pairs et le reflet d’une société en crise qui positionne ses envies et désirs personnels avant tout. Mais Dom Juan n’est pas uniquement cela. C’est aussi un homme qui bat en brèche toute morale établie, remet en cause l’ordre bourgeois et les idées reçues. Il défie Dieu et ce faisant, on pourrait dire qu’il devient une sorte de pionnier… » écrit Myriam Muller dans ses Notes à la mise en scène.

Pour nous, nous lui savons gré de ce Dom Juan. Isabelle Royer

L’école des femmes, Philippe Adrien 

On le sait, janvier c’est le mois du blanc. Le gel sur les toits, le linge dans les vitrines, les salons du mariage… Et sur scène! Philippe Adrien a choisi lui aussi le blanc pour monter la célèbre comédie de Molière qui parle de mariage, de pureté virginale et d’ardeurs refroidies.

Le beau voile blanc tendu sur tout le fond du décor donne le ton : il filtrera le regard entre la vie publique où se croisent les personnages et l’intimité du logis où la belle Agnès est confinée pour assouvir le sombre dessein d’Arnolphe, son tuteur. C’est le symbole aussi de son vain combat pour préserver l’innocence de la jeune fille puisque l’amour traversera sans encombre ces mailles patiemment tissées pour la retenir loin du monde et façonner une épouse modèle (donc soumise). C’est peut-être aussi le tamis à travers lequel Philippe Adrien a passé le texte de Molière pour le rafraîchir et alléger par un jeu réinventé une comédie pas toujours digeste aujourd’hui : longs récits, longs monologues mais surtout  les  lourdeurs de la farce initiale.

On s’accommode du bon tour joué à Arnolphe (tel est pris qui croyait prendre, on ne s’en lasse pas après tout), de la tromperie ourdie par la maisonnée sous le nez du barbon cocu avant d’être mari ( bon d’accord), du coup de théâtre final trop précipité (classique…). En revanche on a bien du mal à supporter ces valets grossiers aux plaisanteries scabreuses qui peinent à amuser le public avec leur jeu surfait.

Heureusement le texte de Molière recèle d’autres saveurs et le bel Horace a fait virevolter les alexandrins en séduisant Agnès! Et elle a vite appris à se défendre et à clouer le bec à son vieux tuteur. A lui les longs discours pontifiants mais vains, misogynes,  à elle le vers assassin : « Horace avec deux mots en ferait plus que vous ». Et toc !  Le quiproquo est roi ici et fait mouche à tous les coups. On rit beaucoup et on se régale des alexandrins quand ils sont  bien dits et qu’ils ricochent d’un mot sur l’autre dans les échanges les plus vifs ou s’épanouissent à l’envi quand le cœur palpite, faisant oublier leur mécanique implacable.  

Enfin il y a eu surtout le jeu plein de grâce de Pierre Lefebvre, Horace virtuose quand il lit la lettre d’Agnès, jouant et dansant tour à tour ce miracle de l’amour, prince charmant qui libère sa belle du carcan épouvantable promis par Arnolphe et enterre à tout jamais (on l’espère… !) les horribles maximes sur le mariage prônées par les maris jaloux du XVII° siècle.

Christine Baron Dejours

       

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Présidente de la MCH

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