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La nécessité de créer

Grande Conversation MCH/La Manicle – 9 janvier 2016

Invités : Danièle Gutmann professeur, d’Histoire de l’Art, Bruno Delarue, galeriste, Yann Leharanger, artiste.

 

Longue soirée au Satellite Brindeau ce samedi 9 janvier 2016 : exposition, film, débat… la nécessité de créer le valait bien !

On voulait en savoir plus sur ces huit artistes exposés sur place : le film de Jérôme Le Goff et Frédéric Tran (« Dessin Quotidien #1 ») a apporté des réponses à travers leur portrait où ils se livraient sur leurs parcours, leurs influences, leurs cheminements et leurs engagements. On était alors prêt pour la Grande Conversation !

Les questions ont fusé, les témoignages se sont croisés, les avis ont divergé vivement parfois. C’est que le sujet était délicat : artiste, création, bon goût, mauvais goût, marché de l’art ? L’assistance a exploré ces nombreux chemins semés d’embûches.

Qu’est-ce que créer ? Un besoin impérieux de sortir de soi, de ne plus exister, de s’extraire du réel. Mais alors, comment concilier création et subsistance ? Comment peut-on oublier le quotidien et ses contraintes financières ? Créer c’est aussi répondre au désir puissant d’être reconnu, encouragé tout en s’exposant à la critique de tous. Et pourquoi abandonne-t-on en grandissant ce merveilleux plaisir de dessiner qui enchante l’enfance ? Est-ce parce que le dessin enseigné et noté à l’école perd sa magie et devient un travail à faire comme un autre ? C’est donc l’enseignement qui éloigne de l’art ? C’est bien une des préoccupations des professeurs d’Ecole d’Art qui réfléchissent aux contenus à donner aux jeunes gens qui veulent devenir des artistes quand on sait que moins de 5% d’entre eux y parviendront.

Ce soir au Satellite beaucoup sont d’accord avec les témoins du film qui affirment qu’il ne peut y avoir de création sans travail (et même beaucoup de travail !) et sans maîtrise des outils et des techniques. Les apprendre, les digérer, s’en détacher aussi c’est peut-être ça être un artiste : se forger ses propres méthodes et les inventer.

Pourtant tout n’est pas bon dans la création. Toutes les créations ne sont pas des œuvres d’art loin s’en faut car l’art va bien au-delà d’un ego qui s’exprime. Il ne faut pas confondre « faiseur » et artiste car l’artiste vise très haut, vers ce qui va donner du sens à sa vie. A la nôtre aussi. Il cherche à vivre plus fort que sa vie.  Une certaine forme d’immortalité ?

Le problème aujourd’hui c’est que l’époque survalorise l’image de l’artiste et beaucoup s’égarent dans des impasses et échouent. Victimes parfois de nombreux galeristes qui exploitent les artistes au lieu de les porter. Car un bon galeriste soutient ses artistes et évite qu’ils s’étiolent. Et on touche là à l’honnêteté de chacun. Rien à voir avec le style de chacun. Tous les niveaux de l’art sont bons s’ils sont honnêtes.

Car l’art dicte sa loi et exige une disponibilité d’esprit totale de l’artiste qui peut être dépassé par ce qu’il a créé. Surpris même. Comme il peut surprendre et choquer ceux qui découvrent son travail.

Finalement il faut savoir ce que l’on veut. Plaire, se conformer au goût ambiant, à la mode, à ce que le public a déjà vu, à ce qu’il connaît ? Facile, au risque de s’y perdre et d’être humilié. Ou chercher la Beauté qui peut faire peur, effrayer, inquiéter car elle entraîne vers l’inconnu ? Une autre forme de douleur…

Si personne dans le documentaire de Jérôme n’avait évoqué les souffrances de la création, elles se sont invitées au fil de la Conversation. Souffrance des contraintes que l’artiste s’impose pour avancer, souffrance à concilier création et subsistance économique, souffrance à être perpétuellement soumis au jugement d’autrui… Mais libre ?

Dur chemin…quotidien !

 

Christine Baron-Dejours, Association Maison de la Culture du Havre.

Le Havre, 10 janvier 2016

       

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