La Maison des feuilles 4e et dernier épisode

La Maison des feuilles, dernier épisode

Il est temps de mieux connaître son auteur, Mark Z. Danielewski, né à New York en 1966. Dès son enfance il a accompagné ses parents au cours de voyages en Europe, en Afrique, en Inde. Quand on l’interroge sur l’inspiration qui a suscité son livre fou, il explique, qu’après ses études aux Etats-Unis, il a séjourné à Paris. Pendant cette période, il a lu Mallarmé, Apollinaire, Rimbaud, et lui-même écrivait des poèmes. Il prenait des notes au fur et à mesure que lui venaient des idées de création littéraire. Il notait aussi des jeux de mots, des citations, des références à ses lectures, tout en s’intéressant au cinéma expérimental, aux techniques cinématographiques et à la culture pop américaine. Or ce bouillonnement intellectuel ne s’est pas arrêté là. De retour aux Etats-Unis, il a continué cette sorte de collecte pendant quelques années et s’est finalement dit qu’il serait possible de rassembler tout ce travail épars et en faire un roman.
C’est à ce moment qu’il commence, à Los Angeles, à écrire sont premier livre : la Maison des feuilles. Ce que le jeune homme de 22 ans avait mis en route sans bien y réfléchir se concrétisait 5 ans plus tard. Mark Z. Danielewski assemblait son puzzle. En 2000, l’ouvrage paraissait aux Etats-Unis.

Il faut savoir que les acheteurs du livre n’étaient pas tous ses premiers lecteurs. Des amis de Danielewski, qui étaient au courant de son entreprise, lui demandaient fréquemment où en était son travail. Il a donc eu l’idée de créer un site confidentiel sur le net, pour quelques personnes, et petit à petit, comme pour un feuilleton, des chapitres accompagnés de ses commentaires, de références fictives ou avérées ont été mis en ligne. On pourrait dire que de la même façon que Johnny Errand réunit dans le livre les fragments d’écriture que Zampano a accumulé sur diverses feuilles de papiers, Danielewski échafaudait à partir de son propre espace underground, son futur ouvrage. Finalement, les épisodes de cette histoire se répandant plus largement sur internet et commençant à faire parler d’elle, les éditions Pantheon books décidaient de la publier. La maison des feuilles devenant culte instantanément.

Ce qui a séduit essentiellement un public jeune était la conception labyrinthique d’une histoire multiple axée sur la peur, la folie et le suspense, ainsi que les expériences typographiques qui en font, d’une certaine manière, un livre-objet. A tel point qu’en France, l’édition de 2002 épuisée est quasiment introuvable et atteint une somme de 50 à 85 €, en occasion. Ce livre a donc une cote, comme une œuvre d’art. Pourtant, de son côté, Danielewski, qui a maintenant 54 ans, déclare s’être détaché de ce livre. Il dit que La maison des feuilles est pour lui comme un enfant qui a grandi, s’est fait beaucoup d’amis, a produit une multitude de relations personnelles auxquelles, lui, Danielewski,ne participe pas.
En effet, les amis de la Maison des feuilles sont nombreux, et il est vrai que les liens qu’ils ont tissés entre eux – tous ces échanges entre lecteurs, chercheurs en littérature, critiques – échappent à l’auteur.

Nicolas Martin, producteur sur France Culture de « La Méthode scientifique » a écrit ceci :
 Lire « La Maison des feuilles », est une expérience qui va au-delà de la stricte expérience de lecteur. C’est se plonger dans un labyrinthe textuel qui sollicite à la fois la curiosité, la raison, la peur, l’excitation, l’angoisse, c’est une immersion dans un système qui ne se laisse jamais saisir, qui ne cesse de se dérober sous nous, sous nos attentes, sous nos projections. C’est un chausse-trape qui laisse celui qui accepte de s’y égarer pantois, éberlué, halluciné, terrifié et pourtant incroyablement rassasié et heureux. C’est une expérience littéraire totale.

Valérie Dupuy dans une étude intitulée Attention, labyrinthe, pour le Colloque Architecture, Littérature et Espaces, organisé par l’Université de Limoges en 2004, a développé le thème de l’architecture dans le livre. En voici un extrait :
A cette première découverte de la nature fantastique d’un espace domestique s’ajoute très vite un élément nouveau : la maison n’est pas fixe, elle s’agrandit et rétrécit de façon imprévisible, des pièces ou des éléments architecturaux (couloirs, escaliers…) s’ajoutent puis disparaissent.
Ce thème, qui s’ enrichit d’ une multitude de références à la fois architecturales, littéraires, mythologiques, techniques, etc., parvient ainsi à placer au cœur du roman des notions architecturales (géométrie dans l’espace, structure…) et, de manière intéressante, à faire reposer le fantastique non sur des caractères, mais sur la maison elle-même, organisme fantastique, espace mortifère mais qui semble animé d’une vie propre, dont les intentions échappent d’ailleurs totalement.
Dreebs Thornhill est modératrice du club de lecture House of Leaves, la maison des feuilles, un groupe Facebook qui totalise plus de 7 000 membres. Elle est d’accord avec ce que dit Danielewski à propos de la personnification du livre. «House of Leaves est une chose vivante et respirante», dit-elle. « C’est une chose dont vous ne pouvez pas vous détacher avant d’en avoir discuté avec quelqu’un d’autre. »
Les milliers de lecteurs du groupe se sont attachés aux mystères du livre; et de nouveaux lecteurs continuent de se joindre, souvent à la recherche d’explications . « C’est devenu une famille soudée qui se consacre les uns aux autres », explique Dreebs Thornhill. «Beaucoup d’entre eux ont vu le groupe comme une ouverture, une fenêtre qui éclaire une pièce sombre. House of Leaves ne se connecte pas seulement aux gens, mais connecte les gens entre eux..

Benjamin Muir, doctorant à Western Sydney University dit que le livre a irrévocablement modifié le cours de sa vie. House of Leaves a tout changé. Cela m’a appris ce que cela signifiait de lâcher prise devant la fatalité ». Il a été particulièrement frappé par la façon dont on y évoque la perte, le deuil qui sont les sujets de sa thèse intitulée: «Nous créons tous des histoires pour nous protéger – Traumatisme, chagrin et lâcher prise dans la maison des feuilles de Mark Z Danielewski. »

Il déplore qu’une grande partie du travail critique sur ce livre a mis l’accent sur les expériences typographiques et les bizarreries plutôt que sur les thèmes du traumatisme et du deuil qui sont pour lui les thèmes les plus importants.

Et enfin, on ne peut pas parler de ce livre sans évoquer son traducteur en langue française : Claro. Voici ce que dit François Bon a son propos :
Comment Claro a traduit cette montagne, je n’en sais rien. À chaque extrême de la composition, des allusions, des imbrications, des textes coupés, on se dit que ce n’est pas possible, que si ce n’était pas traduit on ne penserait pas possible de le faire.
Pourtant, c’est bien une traduction qu’on lit. Ça veut dire : un livre fou dans la langue française aussi. Un livre en langue folle. Un livre de toutes les langues, façon Finnegans Wake, ou du Pynchon (qu’a aussi traduit Claro : qu’est-ce qu’on ne saurait pas traduire, après House of leaves) trop secoué. Est-ce qu’on fait cela deux fois dans sa vie ? Est-ce qu’on n’est pas, dans un tel accomplissement, comme le partenaire direct et satanique de l’auteur ?
Les 3 précédents épisodes avaient pour but de donner une idée de ce qu’est ce livre monstre, pourtant ce n’était qu’un préambule à sa découverte. Trouvez ce livre, c’est tout ce qu’il vous reste à faire.
   La méthode scientifique – France culture

Projet artistique inspiré de la Maison des feuilles

       

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