“La culture à la portée de tous ?”

http://www.lemonde.fr/culture/article/2015/01/08/la-culture-a-la-portee-de-tous_4551949_3246.html#tHvCVlhTEhIODx5t.99

“Le 14 janvier, la Philharmonie de Paris ouvrira ses portes dans le parc de La Villette. A deux pas du « 9-3 », ce département de Seine-Saint-Denis qui héberge l’une des populations les plus métissées et les plus défavorisées du pays. (…)

La fameuse « démocratisation culturelle » à la française, dont André Malraux avait rêvé qu’elle rende accessibles « les œuvres capitales de l’humanité au plus grand nombre », semble avoir partiellement échoué en ce qui concerne Mozart, Beethoven ou Ravel – comme pour les autres formes de spectacle vivant, mais de manière plus marquée encore que pour la danse ou le théâtre.(…)

Comparée aux autres pays d’Europe, la France, en effet, reste un modèle en matière de politique culturelle – si ce n’est d’excellence, du moins d’audace, de qualité et de diversité. Il suffit de consulter l’édition 2014 des Chiffre clés. Statistiques de la culture, publiée par le ministère du même nom, pour prendre la mesure de la richesse foisonnante de l’offre et des pratiques artistiques et culturelles. Pour ne parler que du spectacle vivant, ce sont 1 000 représentations lyriques attirant plus de 1,4 million de spectateurs par saison, 5 théâtres nationaux, 70 scènes nationales, 17 Zénith, 39 centres dramatiques nationaux, plus d’une centaine de scènes conventionnées, plusieurs centaines de lieux privés de diffusion de spectacles… et des milliers de festivals chaque année. Echec très relatif, donc.(…)

Conclusion, avec trente-cinq ans de recul : si les inégalités de sexe se sont réduites de 1973 à 2008 – la plupart des lieux culturels ayant vu leur public se féminiser –, les écarts entre milieux sociaux, eux, ont persisté. Ils sont restés inchangés dans le cas du théâtre : 39  % des cadres supérieurs et professions libérales y étaient allés au cours des douze derniers mois en 1973 contre 6 % des ouvriers – des chiffres évoluant respectivement à 44 % et 10 % en 2008. Ils se sont même aggravés dans le cas des spectacles de danse (14 % et 5 % en 1973, 22 % et 7 % en 2008), des concerts de musique classique (22 % et 5 % en 1973, 20 % et 2 % en 2008), et surtout des concerts de rock ou de jazz (17 % et 6 % en 1973, 34 % et 12 % en 2008).
(…)

A l’heure de la réduction des dépenses publiques et de la marchandisation croissante des activités de loisirs, la lutte pour promouvoir la « culture pour tous » se révèle, il est vrai, plus ardue que jamais. Mais comment renoncer à cette exigence, dans un pays qui, plus que bien d’autres, a érigé en principe démocratique la fonction émancipatrice de la culture ? Beaucoup, en tout cas, n’y renoncent pas. Artistes, chercheurs ou responsables des actions politiques, ils ne cessent de se demander de quelle manière élargir les publics. Et quelle culture il s’agit de défendre. Car si le projet de Mal­raux, socle de la politique de « démocratisation culturelle » de la VRépublique, visait à la diffusion sociale de la culture « légitime » – Molière, Mozart, Van Gogh en étant les trois grandes stars –, la frontière entre cette « haute » culture et la culture « de masse » est devenue de plus en plus floue. Et les habitudes et préférences des Français, plus hétérogènes que jamais. Place, donc, à la diversité. Et à la « démocratie culturelle ».(…)

Pour le meilleur, ou pour le pire.(…)

Le pire ? La tentation, pour les élus locaux, de s’ériger en arbitres du goût. D’opter pour une logique clientéliste. De fermer les fenêtres plutôt que de les ouvrir.(…)

« Le public, cela n’existe pas en soi : c’est la construction d’une relation », souligne Xavier Croci. Pour les nouvelles générations d’artistes de la danse ou du théâtre, cette réalité, à l’en croire, est désormais une évidence. « Ils savent que ce travail d’accompagnement est indispensable pour que le spectacle vivant perdure. »(…)

Le plaisir esthétique ne tombe pas du ciel lors de la rencontre avec le chef-d’œuvre : il s’épanouit – ou non – au gré d’un long processus, commencé dès l’enfance dans son milieu familial ou social. «  Admettre cette vision des choses conduit évidemment à voir dans l’éducation artistique et culturelle le seul véritable levier de transformation des conditions de production du désir de culture et à déplorer la place trop modeste que lui accorde en France le système scolaire », souligne Olivier Donnat. ”
Catherine Vincent
Le Monde (extraits)
       

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Présidente de la MCH

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