“Informer, c’est former”. Marie-José Mondzain analyse le rôle des médias face à l’organisation Etat islamique (EI).

“Les images ne doivent pas nous bombarder. Or, à la télévision, on manque de temps. Le journaliste est pris en étau entre le prompteur et le chronomètre. Cela entraîne une dissolution du regard et de la parole dans une immédiateté pulsionnelle qui n’a rien à voir avec le temps de la pensée.”

Pour la philosophe et écrivaine, l’organisation Etat islamique est une usine de production d’images professionnelles de plus en plus sophistiquées.

Marie-José Mondzain, philosophe et écrivaine, est spécialiste de l’art et des images.

(…) La propagande agit comme une guerre de communication, qui permet de déployer le combat au-delà d’un territoire géographique et de l’étendre à la planète entière par la voie des réseaux sociaux et de la télévision.

Aujourd’hui, nous sommes face à un nouveau phénomène de communication, qui tient lieu de vie politique. Les enjeux sont profonds. L’EI est une usine de production d’images professionnelles de plus en plus sophistiquées.

La terreur est devenue une dramaturgie spectaculaire qui se nourrit de la haine en en produisant la circulation réciproque. La mondialisation capitaliste du spectacle est bien ce dont Guy Debord avait l’intuition. L’EI en est devenu acteur et partenaire. Nous en subissons les agressions dans l’impuissance d’y répondre : c’est ce qu’on appelle la terreur.

Comment les télévisions doivent-elles gérer les images brutales livrées par les dirigeants de l’EI ?

(…) Pour retenir son public, la télévision se veut puissante, rapide et spectaculaire. L’accélération des flux, des images sans commentaires, indifférentes au cadre, sans point de vue qui engage la responsabilité de celle ou celui qui fait voir, la diffusion de la violence productrice d’horreur et de fascination, tout cela exige aujourd’hui une véritable éducation du regard et de la parole.

La question n’est donc pas de savoir si la télévision doit diffuser – ou non – telle image, mais de respecter les conditions de sa diffusion : de forme (cadrage, montage, etc.) et de place de la parole, qui informe sur l’origine et le contenu de ces images. Il faut que, en présence des flux d’images, le journaliste fasse des choix formels propres à susciter la pensée et la parole, en renonçant « au choc des photos ».

Lire aussi :   Images à utiliser avec précaution

Les images ne doivent pas nous bombarder. Or, à la télévision, on manque de temps. Le journaliste est pris en étau entre le prompteur et le chronomètre. Cela entraîne une dissolution du regard et de la parole dans une immédiateté pulsionnelle qui n’a rien à voir avec le temps de la pensée.

Compte tenu du dispositif actuel de la télévision, je ne vois pas comment on pourrait modifier cet état de fait qui en fait tout sauf un service public d’information.

Mais peut-on laisser le téléspectateur se faire librement une opinion sans proposer une explication journalistique des images ?

La liberté du spectateur n’est pas le résultat d’un abandon, mais, bien au contraire, la conséquence constituante d’une information responsable et digne de foi. La construction de la vie politique, aujourd’hui plus que jamais, passe par celle du regard et de la parole.

L’éducation nationale ainsi que les instances de la création et de la culture devraient prendre en charge cette construction dès la maternelle. Informer, c’est former. Mais, pour cela, il faudrait en finir avec les noces indignes de la culture avec la communication !

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2016/02/20/marie-jose-mondzain-la-terreur-est-devenue-une-dramaturgie-spectaculaire_4868913_1655027.html#o0IMF5FyZdHIY2X1.99

       

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Présidente de la MCH

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