French Lines

Cie Gale T

Ce jour-là, beaucoup d’américains étaient en mer, ils voyageaient sur le France. C’est entre Le Havre et Southampton qu’ils ont appris la nouvelle. Stupéfaits, anéantis, ils se sont rassemblés, se rapprochant les uns des autres comme pour se protéger. Cinq jours, la durée de la traversée, c’était ce temps qu’ils auraient à rester ensemble, à vivre l’inouï du message qu’on venait de leur transmettre. Cinq jours avant d’arriver à New-York, quand tout, à terre, serait fini, consommé, les cérémonies, Arlington. Et l’immense paquebot, dans leur esprit, prenait les dimensions d’un canot. C’était le 22 novembre 1963. John Fitzgerald Kennedy venait d’être abattu.
Les paquebots n’ont pas été seulement des moyens de se déplacer luxueusement d’un continent à l’autre, ils étaient des lieux où le monde parvenait comme à travers un filtre et où l’existence, comme suspendue, devenait plus intense, plus brillante ou plus déchirante.

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Dans cette époque des années 50 et 60, il y avait ceux qui montaient à bord pour voyager, mais aussi ceux qu’on appelait les « navigateurs ». Les Havrais faisaient plutôt partie de la catégorie des navigateurs, et il n’existait pas une famille havraise, qui ne comptait pas, parmi ses amis, ses proches, ses voisins, quelqu’un qui travaillait sur un paquebot, chacun irremplaçable pour qu’une traversée soit menée parfaitement à bien. Et beaucoup d’autres, parmi ceux qui restaient à terre, y contribuaient, sur le port dans les bureaux, sur les quais et en ville.
Comment Le Havre aurait pu ne pas se sentir attachée pour des générations à ces immenses bâtiments que les enfants, en été, guettaient sur la plage, pour profiter de l’immense vague qui se formait au passage du France ? La sirène, qui, d’une voix grave et profonde les saluait ?

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L’exposition
Depuis, les paquebots ont disparu mais la mer n’est pas seule à s’en souvenir. Pour les 500 ans du Havre, l’exposition Villes flottantes, au grenier des Docks Vauban, ranime la mémoire des Havrais : la mémoire de ceux qui ont vécu l’époque de la French line dont les enfants, et sans doute petits-enfants, ont tellement entendu parler.
Aurélien Bory a organisé l’exposition Villes flottantes en deux parties. L’une théâtrale dans son organisation scénographique, l’autre documentaire. 
Pour commencer, le visiteur pénètre dans un lieu où, dans la semi-obscurité, il distingue mal les limites de l’espace dans lequel il s’avance. Puis, petit à petit, apparaissent, à des échelles différentes, les paquebots. Le sol du grenier des Docks devient un espace maritime, où, très lentement, se déplacent des maquettes, magnifiques objets, préfigurations des grands bâtiments qui ont traversé l’océan. Maquettes qui avaient été destinées aux armateurs et à la publicité des agences maritimes. Ici, elles ont une autre mission, celle de la mémoire. Et pour ajouter à cette impression d’entrer dans une dimension à la fois perdue mais encore vive, un grondement sourd nous accompagnent comme si la salle des machines était sous nos pieds.

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Dans la seconde partie de l’exposition, des photographies de l’intérieur des navires sont disposées en cercle : cabines, coursives, salles à manger, théâtre, salles de jeux… Des lieux inventés et construits pour le confort et le plaisir du voyage. Dans ces clichés qui ont été, eux aussi, destinés à des catalogues publicitaires, on ne perçoit aucune présence humaine. Ce que nous voyons, nous, visiteurs, ce sont des lieux désertés. C’est ainsi qu’Aurélien Bory suggère un monde fini.

France 1912-1934

Et la rattachant à son propre imaginaire, dans son évocation de l’histoire du transport maritime, il apporte une vision poétique et personnelle.
On pourrait dire que cette exposition est double, où s’associent l’univers de son auteur à celui du rêve havrais. De ce rêve évanoui, de ces souvenirs si présents encore, où s’insinue pour beaucoup, quelque chose de tellement intime. Parfois seulement le désir d’évasion de ceux qui n’ont jamais dépassé l’horizon, debout sur la plage, où la mer ouvrait une voie vers les lumières de New York.

Avant le 8 octobre, grimpez jusqu’au grenier des Docks Vauban, pour l’émotion, pour le plaisir et la beauté de ces maquettes, merveilles de précision.

Vases communicants MCH/Ouest Track Radio :
 Pour ceux qui ont écouté, le dimanche 6 août, à 11 heures, sur #Ouest Track Radio (95.9),  10 mn Chronique!  dans l’émission Viva Culture ! Vous avez entendu un extrait du roman d’ Allessandro Barrico : Novecento pianiste.
Et des extraits de :
Sirènes, Claude Debussy
Rapsodie in blue, George Gershwin
Autumn in New-York, Billie Holiday
http://www.uneteauhavre2017.fr/fr/expo-villes-flottantes
franceculture.fr/emissions/la-grande-table-dete/spectaculaire-aurelien-bory

#Ouest Track Radio peut aussi être écoutée en podcast 

       

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