“La France a inventé un Etat culturel, mais ce modèle vacille.”

Michel Guerrin dans Le Monde pose le problème :

« Public-privé : quelle politique culturelle pour demain ? » Les échanges peuvent faire des étincelles, car c’est un des enjeux pour la création, les créateurs, le public. La France a inventé un Etat culturel, mais ce modèle vacille. Parce que l’argent privé occupe depuis dix ans une place comme il n’en a jamais eu auparavant. Dans ce secteur. Pour le meilleur disent certains, le pire craignent d’autres. Résumons l’évolution.

Longtemps, la règle fut du mécénat discret. (…) Les choses changent il y a une quinzaine d’années, quand les pouvoirs publics, par manque d’argent, incitent les musées, monuments ou salles de concerts à augmenter leurs ressources propres – billetterie, mécénat, produits dérivés, location d’espaces, etc. Au même moment, en 2003, le ministre Jean-Jacques Aillagon fait voter une loi qui encourage le mécénat : entreprises et particuliers peuvent déduire de leurs impôts autour de 60 % du montant de leurs dons. Résultat ? La loi Aillagon libère les dons, les ressources propres des grosses institutions passent de 20 % à 50 % et plus. En 2007, Vinci offre 12 millions d’euros pour restaurer la galerie des Glaces, à Versailles. Tout un symbole.(…)

La dernière étape voit des entreprises, souvent actives dans le luxe et l’art, créer leur propre fondation culturelle dans des bâtiments flamboyants ouverts au public. (…)

Cette offensive du privé est stimulante pour un Etat culturel qui manque de moyens et qui a pu s’ériger en patron du goût. Mais elle pose question. Déjà le privé voit bien que l’Etat souffre, et il en profite pour être plus intrusif. S’immisce dans les programmations de centres d’art ou musées en échange d’argent. Au début des années 2000, Total voulait financer la rénovation de la salle de La Joconde, au Louvre, et lui donner son nom. Le musée a dit oui, le ministère de la culture a refusé. (…)

L’autre question est liée aux fondations : l’argent qu’elles consacrent à leurs expositions ou spectacles, elles ne le donnent plus aux autres. Du reste le mécénat est en chute libre – 975 millions d’euros en 2007, 500 millions aujourd’hui. Bercy considère surtout que les fondations et le mécénat, par le biais de la défiscalisation, sont de l’argent public perdu.

Que cet argent ne sert pas vraiment à la culture, mais qu’il est le moyen pour des marques de se faire de la pub tout en se soustrayant à l’impôt. Pas d’accord, ont répondu nos responsables politiques, de gauche comme de droite.(…)

Autre question : public et privé jouent de plus en plus sur le même terrain. On va le voir à partir du 22 octobre quand Vuitton exposera cent trente tableaux de la mythique collection Chtchoukine – Monet, Cézanne, Gauguin, Matisse, Picasso, Degas, Renoir, Van Gogh – loués à deux musées russes. Un événement considérable, qui pourrait détourner les visiteurs des musées parisiens et les fragiliser un peu plus. (…)

Ce qui compte, dira-t- on, c’est que ces tableaux magnifiques viennent en France. Sauf que les entreprises du luxe ont des intérêts stratégiques qui peuvent diverger des missions de service public de l’Etat. Et qu’il faut en peser les conséquences.(…)

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/festival/article/2016/09/07/l-argent-prive-menace-t-il-notre-modele-culturel_4994093_4415198.html#oisXDdA6uEC4RMFp.99

       

A propos de l'auteur

Présidente de la MCH

Ajouter un commentaire

Rubrique des spectateurs

 
Cette association absorbera les deux structures régionales du livre normandes, l’ARL et le CRL, et constituera la nouvelle agence normande du livre.  Normandie Livre & Lecture est la nouvelle agence de coopération des métiers du livre en Normandie, à compter du 1er janvier 2018. L’association Normandie Livre & Lecture a pour objectif de promouvoir le
Viva Culture ! sur Ouest Track Radio.  La Rubrique des spectateurs, une année de radio à podcaster…
2017 14 mai 2017, Dick Anegarn au Tetris, un concert qui twiste ! 28 mai, Olivier Saladin et l’art populaire, 6ème Grande Conversation MCH. 11 juin, Sonia Anton raconte Le Havre, Le Galet et la crevette. 25 juin, la fête de la musique et les festivals d’été. 9 juillet, Lire à la plage à Yport avec
LES ENTRETIENS DE VIVACULTURE sur OUEST TRACK. COM : écoutez les en podcast !
11 MARS l’artiste plasticienne Claire Lise Chobelet 25 MARS  Hélène Emery, Théâtre du Passage à Fécamp 8 AVRIL l’artiste Hélène Delprat au Musée des Beaux Arts de Caen 22 AVRIL la médiation entre artistes et publics Martine Sabatier du Transfo 6 MAI Samir de la bouquinerie, café littéraire Les Yeux d’Elsa 20 MAI le peintre
Retour à Reims
Retour à Reims.   Didier Eribon a écrit « Retour à Reims » en 2009. C’est à la fois un récit très personnel et une analyse politique et sociologique.  Il raconte dans ce livre son retour dans sa ville natale après des années de rupture et d’exil, retour qu’il n’a pu envisager qu’après la mort de son
Corto Maltese – 50e anniversaire – 10mn chronique- sur Ouest Track radio, dans Viva Culture, une émission de la MCH. 
Nous célébrons en ce moment, le 50eme anniversaire de Corto Maltese, le héros de la bande dessinée de Hugo Pratt. C’est à Lyon que l’on pourra voir l’exposition Hugo Pratt, lignes d’horizon, jusqu’au 24 mars 2019, au Musée des Confluences. Une très belle scénographie nous emmène à travers le monde, là où Hugo Pratt a emmagasiné
Commémorer la traite, l’esclavage et leurs abolitions
Le 10 mai est la “journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition” depuis 2006. La France est le premier État et demeure le seul qui, à ce jour, ait déclaré la traite négrière et l’esclavage “crime contre l’humanité“. Elle est également le seul État à avoir décrété une journée

La MCH sur Facebook

 
Nos bons plans
sur notre sélection de spectacles ...
Coups de coeur
Les événements à ne pas manquer...
J'adhère à la MCH
Téléchargez le bulletin d'adhésion ...
Créer un profil
pour soumettre mes événements ...