La fin du monde est le sujet de nombreux films et le leit-motiv des médias.

Pour Jacques Mandelbaum du Monde, “nous appartenons à une époque où la culture – qui devrait être le vecteur de la pensée critique, de l’ouverture d’esprit et de la volonté de vivre ensemble – peine à jouer son rôle” :

“Les attentats du 13 novembre 2015 ont cristallisé, de manière tragique, un air du temps. (…) L’impression est que nous sommes passés, pour parler comme dans les films d’action, en « mode survie », sinon concrètement du moins mentalement. La culture populaire, point d’observation idéal pour mesurer l’état des mentalités, en témoigne. Nous vivons aujourd’hui dans une ambiance de catastrophe. Le phénomène a été capté par l’industrie des loisirs dans les années 1970, décennie déchaînée et angoissante : fin des «trente glorieuses », retombée des utopies, radicalisation des luttes, apparition du terrorisme.

On assiste à la naissance concomitante, du côté de ce grand incubateur de mythes contemporains qu’est Hollywood, de deux genres ayant pour trait commun la survie de leurs personnages. Le film catastrophe (La Tour infernale, de John Guillermin, 1974, inspiré par la construction du World Trade Center…) et le « survival », sous-genre réaliste du film d’horreur (Délivrance, de John Boorman, 1972). Le film postapocalyptique, qui existait quant à lui dès les années 1950, explosera dans les années 2000. (…)

Planète à court d’énergie

(…) La grande nouveauté, c’est que le motif de la survie se répand désormais dans tous les genres. On peut dater le phénomène : il date de la réalisation, en 1997, de Titanic, par James Cameron. Il est instructif de comparer ce film, mix de film catastrophe et de survival, avec ce qui était considéré depuis 1974 comme un parangon du genre, La Tour infernale, qui reste un film d’action. Titanic inaugure, quant à lui, l’hybridation du film de survie avec le mélo grand teint, et partant son possible appariement avec tous les genres.

Cet élargissement du spectre répond à une attente, puisque le film devient l’œuvre la plus vue dans l’histoire du cinéma. Seul Avatar, du même réalisateur, lui ravira en 2009 ce record, sur un thème qui permet là encore de penser que notre planète est à court d’énergie. Titanic, symbole du naufrage d’une civilisation occidentale corrompue par l’orgueil et l’inégalité, inaugure en tout état de cause la grande dissémination cinématographique du motif de la survie, désormais consommé à toutes les sauces.(…)

Tous ces films mettent en scène des personnages qui sinon survivent, du moins luttent pour y parvenir face à des menaces de plus en plus nombreuses. Cela avec une fréquence effarante, puisqu’il ne se passe plus une semaine, du moins dans les salles françaises, sans son film de survie. (…)

Mise en boucle toxique de l’information en continu

A quoi ce phénomène est-il imputable ? Il suffit de se connecter au premier appareil diffusant le flux anxiogène de l’actualité pour le savoir : les signes de notre fin plus ou moins imminente suroccupent les médias, sauf peut-être le journal papier, qui n’en rajoute pas sur la question. Ainsi, les catastrophes écologiques se multiplient, les réserves énergétiques de la Terre s’épuisent, les réfugiés politiques et climatiques frappent à nos portes, les crises financières, politiques et morales marquent la faillite de tous les systèmes, le fanatisme policé ou rétrograde redresse enfin partout la tête. On décapite aujourd’hui au nom d’un prophète, on trucidera demain pour la maîtrise de l’eau.

Ces menaces, hélas bien réelles mais exacerbées par la mise en boucle toxique de l’information en continu, témoignent s’il en était besoin que nous appartenons à une époque où la culture – qui devrait être le vecteur de la pensée critique, de l’ouverture d’esprit et de la volonté de vivre ensemble – peine à jouer son rôle. La mainmise grandissante, dans tous les domaines de création, du commerce sur l’art n’y est sans doute pas pour rien. La culture de la survie, cela devrait donc consister, plus que jamais, à s’armer pour la survie de la culture.”

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/08/culture-de-la-survie-survie-de-la-culture_4843893_3232.html#2YZIfoScUXvZo1t3.99

       

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