Exposition « Dada Universal » au Landesmuseum de Zurich, jusqu’au 28 mars.

Dans Le Monde, Philippe Dagen rend hommage au mouvement DADA.

« Le 5 février 1916, le Cabaret Voltaire, Spiegelgasse 1, dans le vieux centre de Zurich, proposait sa première soirée poétique. Il ne tint que six mois. « Tumulte et l’avalanche ¬solaire », écrit Tristan Tzara dans Chronique zurichoise 1915-1919. Il était l’un des protagonistes de ces spectacles burlesques et imprévisibles qui finissaient souvent dans les cris et les protestations. Avec lui, il y avait Hugo Ball, Emmy Hennings, Hans Arp, Marcel Janco, Richard Huelsenbeck, Hans Richter. Ils ont inventé et nommé Dada, il y a cent ans. »

Zurich : depuis le 5 février, « Dada Universal » au Musée national suisse et ¬ « Dadaglobe Reconstructed » au Kunsthaus ; une rétrospective Francis Picabia dans ce même musée à partir de juin, qui ira ensuite au ¬Museum of Modern Art (MoMA) de New York. Et l’exposition « Tristan Tzara, l’homme approximatif », s’est achevée il y a peu à Strasbourg.

« Bernard Blistène note que «  Dada a eu la vie dure. Beaucoup auraient aimé qu’il finisse dans les poubelles de ¬l’histoire. On dit qu’on l’a davantage pris au ¬sérieux aux Etats-Unis que chez nous. Pas étonnant : Dada était en exil et fuyait la ¬milice ! Dada n’a pas collaboré ». Duchamp, Ernst, Breton ou Grosz ont passé la seconde guerre mondiale aux Etats-Unis, Schwitters en Grande-Bretagne et Hausmann caché dans le Limousin.(…)

Dada est toujours suspect aux yeux de ceux qui ne supportent pas qu’il se moque grossièrement des beaux-arts et de la littérature, ceux qui tiennent Duchamp pour un mystificateur et croient que l’art est affaire de beauté et de sublime, peut-être même d’idéal. Cubisme, futurisme et abstraction inventent de nouvelles manières de peindre ou de sculpter. Ils révolutionnent les arts, en renouvellent conceptions et pratiques. Mais ils se situent à l’intérieur du monde de l’art, sans attaquer le principe même de son existence. A l’inverse, « Dada concerne tous les médias, toutes les disciplines, tous les genres sans hiérarchie, rappelle Le Bon. La revue a autant d’importance que le tableau. » Il en a produit, et ce sont eux qui s’exposent ¬pieusement dans les musées, mais ce sont bien moins des « objets d’art » que les traces visibles d’un esprit : « Une attitude face au monde, une posture toujours en alerte, une façon de vivre (ou de survivre) », selon ¬Blistène. Qui poursuit : «  Mobile et trans¬gressif, en perpétuel mouvement et apatride, foncièrement indiscipliné, Dada fait feu de tout bois, de toutes techniques, de tous matériaux. Il invente et ne se satisfait jamais de ce qu’il a trouvé. »« Il n’y a pas de style Dada ou de bréviaire pour les nuls », selon les mots tranchants de Le Bon.(…)

Il y a une autre raison au malaise que le mouvement continue de susciter : le tragique du monde moderne, inscrit en lui de façon ¬indélébile. Dada jaillit de l’horreur et de la rage qui saisissent quelques jeunes femmes et hommes. Sous leurs yeux, la première guerre mondiale assassine leurs ¬contemporains ¬industriellement, méthodiquement et pour rien. Le centième anniversaire de la naissance de Dada en 1916 est aussi celui de la bataille de Verdun – plus de 300 000 morts et de 400 000 blessés en dix mois – et de la bataille de la Somme – près de 450 000 morts en six mois. Or ces carnages n’ont été que les premiers du XXe siècle. « Dada est né dans la terreur de l’histoire et nous a appris à nous en ¬méfier, observe Blistène. Dada est un état de veille. »

Marcel JANCO. Affiche pour le Mouvement DADA (46,8 X 32,2).

       

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