ESPAECE, Aurélien Bory

Le Volcan, 12 janvier 2017

Un espace, des espèces ? Espace de spectacle ? Espèce de spectacle ? Espèce de quoi ?  Et ça s’passe où… ? Aurélien Bory nous avait prévenus : il fallait relire Georges Pérec : Espèces d’espaces, 1974.

« L’espace est un doute ». Aurélien Bory s’empare de cet univers de Pérec et use des artifices du théâtre pour en faire une pièce. Ce sera Espaece pour arpenter le livre de Pérec pour qui « l’objet de ce livre n’est pas exactement le vide, ce serait plutôt ce qu’il y a autour ou dedans… »

 Lire, écrire, relire, relier, ce spectacle s’offre à nous comme une page blanche où les mots viendraient prendre place sous nos yeux et écrire dans l’espace une espèce de texte. Comme sur la page d’un livre le noir et le blanc s’imposent. Des mots, des lettres, des pages s’invitent sur scène. Alphabet de lumière, envolées fluorescentes, mots croisés géants ou  lettres en grille, clin d’œil au Pérec cruciverbiste à ses heures qui joue avec les mots. Lire, écrire, relire, relier…

L’espèce d’espace se contorsionne, les comédiens aussi comme un texte en train de s’écrire, comme la page en train de se noircir, puzzle géant, mélange improbable des signes qui questionnent l’espace. Les corps cherchent leur place sur le plateau, leur voix aussi. Acrobates, chanteurs ils miment le texte, le dansent aussi, arpentent la scène, traversent le décor, le renversent, l’escaladent. Sortent, reviennent. Ils sont là et ailleurs à la fois, cherchant leur place comme on cherche celle des mots justes pour écrire le texte juste. « Laisser quelque part une trace, une marque ou quelques signes » écrit Pérec…

Aurélien Bory accumule les signes éphémères dans un beau spectacle aux effets visuels raffinés. Mais que dit-il ? Le spectateur n’aura pas de réponse. Aucune. A lui d’assembler à sa guise les mots glanés ici ou là pour écrire son propre texte. Partir du texte et y revenir sans cesse.

Espace de jeu ? Espèce de jeu ? De « je »… ? Espaece

Christine Baron Dejours

 

 

 

 

 

 

       

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Commentaires

  • By Isabelle Royer - on

    Dans Telerama :
    Aurélien Bory confronte ses cinq interprètes (deux femmes et trois hommes) à un gigantesque et sombre paravent mu par sa propre énergie qui grince-gronde quand il bouge. Rien de violent pour autant, les humains négociant au mieux avec « l’objet ». Il s’y frottent et en déjouent les pièges possibles. S’il faut s’aplatir nez contre terre pour que la muraille puisse passer au ras des fesses, le sympathique embonpoint d’Olivier Martin-Salvan ne s’y pliera pas… et la chose reculera ! C’est l’homme (l’espèce) qui fait l’espace nous disent Perec/Bory et tous les interprètes – y compris la cantatrice Claire Lefilliâtre qui, au pied du mur, vient chanter des amorces de lieder romantiques – finissent par y trouver leur place. En s’y lovant doucement, en s’y perchant comme des oiseaux.

    Aurélien Bory cherche depuis toujours, entre cirque, danse et dispositif plastique, à apprivoiser la matière et les perspectives… Depuis le très réussi Plan B (créé en 2003) jusqu’à Sans objet (2009) – trop mécanique et moins convaincant – où il s’agissait de danser avec des minipelleteuses…

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