Le divertissement est-il nocif à l’art ?

“Expérience festive, art, les frontières se brouillent : l’essentiel dans ce parcours rythmé est de s’adresser à tous et de ne pas risquer l’ennui. Mais le divertissement peut-il vraiment être au service de la profondeur de l’expérience artistique ?(…)
Aujourd’hui, nombre d’œuvres des arts plastiques sont entrées dans une économie relevant de l’industrie du spectacle et du divertissement. « Une exposition peut désormais se ­superposer à un championnat international de football, car elle est régie comme lui par les lois de l’événementiel… Mais l’art peut ainsi porter un regard décadré sur le phénomène de masse que constitue le football », observe Jean-Max Colard, commissaire de l’exposition « La Grande Galerie du foot », qui s’est tenue pendant l’Euro 2016 à La Villette, à Paris.(…)

Le visiteur de « La Grande Galerie du foot » pénétrait ainsi dans un espace circulaire – comme un manège – inspiré de la Grande Galerie du Louvre. Les sections de l’exposition, « La galerie des portraits », « Le club des abstraits », jouaient clairement avec la terminologie muséale. Reprenant le thème biblique de David et Goliath, un personnage vêtu en footballeur posait le pied sur une tête de Goliath, questionnant le visiteur sur la façon dont la société de divertissement s’accommode de la violence avec un air d’innocence. Le ton est donné : il ne s’agit pas pour les artistes – de Wim Delvoye à Andreas Gursky – de glorifier le football, mais au contraire de rendre possible un ­regard critique.

Cependant le rapprochement de l’art avec l’industrie du divertissement ne se limite pas au seul environnement des expositions. A Foot ­foraine, une installation immersive géante de l’artiste français Pierre Giner mettait le visiteur aux commandes de jeux vidéo mythiques oubliés et le plongeait dans l’ambiance d’un stade. Or ce type d’installation ­ludique semble être devenu un format de l’art ­contemporain.(…)

Or, ce format artistique émotionnel, orienté vers le grand public, a un impact incontestable sur la sélection et le soutien à un certain type de création, monumental, généralement éphémère et vecteur de sensations fortes.(…)

L’art est-il pour autant dénaturé par cette ­recherche de sensations fortes et de spectaculaire ? « Poser cette question élude le véritable problème, moins artistique que politique », ­répond l’artiste Pascal Convert.(…)

Le débat sur la démocratisation de l’art se ­révèle donc, aussi, un débat sur son instrumentalisation. Ainsi, le projet du festival Le Voyage à Nantes, conçu en 2012, émane de Jean-Marc ­Ayrault, alors président de Nantes Métropole, qui a demandé à Jean Blaise d’imaginer un événement pour développer le tourisme d’agrément. Avec succès…(…)

Du pain, des jeux et une dose d’art pour le peuple ?

Peut-être. Mais c’est aussi oublier le caractère subversif de nombre d’artistes. Pour dénoncer et railler la violence du système capitaliste occidental et la société de divertissement, le graffeur et réalisateur Banksy avait créé en 2015 près de Bristol, en Angleterre, un parc à thème détourné, Dismaland, présenté comme une « version sinistre de Disneyland ».

Marie Zawisza (M. Za.)
Journaliste au Monde
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/10/06/l-art-doit-il-etre-une-fete_5009457_3232.html#yXbAO8tPmEGiOW44.99

       

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