Digressions autour d’une exposition – A l’aventure ! Edouard Riou

Décrocher la lune, vieux rêve démodé, alors que cette aspiration démesurée en 1885, se rapprochait. Plus tard, on y était presque…Tintin, le capitaine Haddok,et le professeur Tournesol clamaient : On a marché sur la lune, en 1954.

Jules Verne, né en 1828, est un enfant de la révolution industrielle. A cette époque, dans la première moitié du 19eme siècle, voyager augurait de longs parcours sur de longues périodes, que les voiliers traversaient les mers pendant de longs mois, que le ciel était le lieu inaccessible de tous les rêves…
Or, ce siècle voit naître le chemin de fer. Le navire à vapeur, comme le sous-marin, sont des inventions récentes.
En 1877, Thomas Edison invente le phonographe à cylindre, en 1879, la lampe à incandescence.
Le monde est en train de changer. Tout paraît désormais possible. Toutes ces inventions concourent à enfiévrer l’imaginaire pour que s’envolent les plus folles fictions, celles qu’on appellera plus tard : science-fiction ou roman d’anticipation.
Le monde moderne naissant suggère l’ailleurs, l’ouverture à des connaissances inatteignables jusqu’alors, il laisse entrevoir toutes les possibilités d’exploration : les fonds marins et les profondeurs de la terre, le ciel. Pourquoi ne pas imaginer s’élever jusqu’à la lune ?
Jules Verne lui-même est un voyageur. Il ira en Angleterre, en Ecosse, en Norvège, aux Etats-unis, en Méditerranée. En 1873, il fait une courte ascension à bord d’un ballon, le Météore.

Au début des années 1860, Pierre-Jules Hetzel, crée avec Jean Macé, fondateur de la ligue de l’enseignement, un journal illustré destiné à la jeunesse : Le magasin d’éducation et de récréation. Paraît alors en feuilleton : Cinq semaines en ballon. Comment mieux rassembler les deux buts essentiels de cette publication ? Education : en mettant en scène les inventions scientifiques de l’époque. Récréation : grâce à des récits d’aventures extraordinaires . Ce mot, « extraordinaire » est d’ailleurs la clé de la collection créée en parallèle par Hetzel : Les voyages extraordinaires , écrits par Jules Verne qui signe un premier contrat avec l’éditeur. Contrat qu’il renouvellera chaque année de 1864 à 1904 : 40 ans d’écriture.

C’est Edouard Riou qui a illustré Cinq semaines en ballon. Suivront cinq ouvrages qui porteront sa signature, dont Vingt mille lieux sous les mers, en collaboration avec Albert de Neuville : cent onze illustrations à se partager.
On le sait déjà, Edouard Riou est un des plus célèbres illustrateurs des romans de Jules Verne. L’exposition A l’aventure ! , au Havre, le démontre. Cependant, celui qui a réalisé le plus de dessins pour Jules Verne est Léon Benett, lequel a illustré vingt-cinq romans de la série des Voyages extraordinaires, entre 1873 et 1895. C’est Georges Roux qui prendra la relève pour les derniers ouvrages de Jules Verne.

On est tenté, bien sûr de comparer les illustrations d’Edouard Riou à celles de Léon Benett. Chose difficile, dans la mesure où se retrouvent le style de l’époque et celui de la collection, afin de garder une harmonie entre les différentes publications. C’est ce que l’on appellerai aujourd’hui l’identité visuelle. A cela s’ajoute le fait que ces illustrations sont des gravures et leur apportent une unité certaine.
Ces dessinateurs étaient en relation constante avec l’éditeur et l’auteur et travaillaient au fur et à mesure que s’écrivait l’histoire.
Cette méthode de travail et de collaboration entre créateur et dessinateur nous ramène au présent et démontre que malgré les progrès du XXe et XXIe siècles, peu de chose changent quand il s’agit de travail artistique.

 

 

 

A Nantes, les Machines de l’île, conçues par François Delaroziere – (souvenez-vous, il était l’invité de la 7eme Grande conversation de la MCH en 2018) ont envahi l’ancien site des chantiers navals depuis une quinzaine d’années. Nous sommes dans la ville natale de Jules Verne et ces machines, l’Eléphant, le Carrousel des mondes marins et d’autres créations, sont inspirées de l’univers de Jules Verne. L’affichiste de ce projet est Stephan Muntaner qui travaille en lien avec Delaroziere. Mais nous sommes au XXIe siècle et leur collaboration se fait par mails et par téléphone. Stephan Muntaner dit en plaisantant, qu’il y a peut-être une sorte de système télépathique entre lui et la Machine… que ce qui est sûr, c’est qu’il existe entre lui et François Delaroziere, un flux de concordance artistique.  L’un, à Nantes, envoie des croquis et le second, à Marseille, en conçoit des affiches très colorées qui rappellent l’esthétique du XIXème siècle et celle des illustrateurs de Jules Verne.

 Bien évidemment, On ne peut pas comparer le graphisme des illustrateurs de Jules Verne avec celui d’Hergé. Cependant, c’est l’influence des récits de la collection Les voyages extraordinaires qui est parfois sensible dans certains albums des Aventures de Tintin. Certains vont même jusqu’à soupçonner qu’Hergé aurait puisé la plupart de ses idées chez Jules Verne. Cependant lorsqu’il est question de raconter des aventures sur un mode inventif et parfois visionnaire, il est fatal que certains éléments se rejoignent : un jeune homme pondéré, courageux et loyal ; un savant extravagant ; des méchants, et des décors mystérieux comme une île ou les fonds marins. N’oublions pas que les romans de Jules Verne comme les albums de Tintin sont destinés à la jeunesse. Il n’y a rien d’étonnant à ce que certains thèmes se retrouvent. D’ailleurs si la trame des romans de Jules Verne concerne les inventions de son époque et les visions qui s’y attachent, les aventures de Tintin font bien davantage allusion aux événements géopolitiques de son époque.

Le festival de la BD d’Angoulême accueillait cette année une rétrospective des œuvres de Richard Corben, lauréat en 2018 du Grand prix du festival. Notons au passage que certains de ses dessins se rapprochent de l’esthétique (même lointaine) des gravures du XIXème siècle. Ceci grâce à l’usage du noir et blanc et à celui des hachures parallèles qui créent une impression de clair obscur et rappellent celles des graveurs, même si les planches de Corben sont travaillées à l’encre. La BD, le roman graphique continueront encore longtemps à concilier texte et image.

Illustrations : Léon Benett, La maison à vapeur, Jules Verne ; Stefan Muntaner, affiche pour Les machines de l’île, Nantes

Le vingtième siècle de Jules Verne

 

 

       

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