Dieu est un chômeur de plus

Le CV de Dieu

Le choix des comédiens est capital. C’est une lapalissade, mais si Dieu n’était pas interprété par JF. Balmer, la pièce de Jean-Louis Fournier n’aurait pas la même saveur.  On l’a vu au cinéma, à la télévision, au théâtre. Il a joué Louis XVI, Richard Wagner, Henry IV, Racine, Malesherbes, Georges Pompidou…C’est dire que le personnage de Dieu était pour lui !

On assiste à une désacralisation de Dieu : il s’ennuie, cherche du travail, passe des entretiens d’embauche avec un directeur des ressources humaines teigneux et pas du tout impressionné, Didier Bénureau…On ne sait pas trop pour quel emploi, quel profil, quelles compétences. A la fin il déclare qu’il aurait aimé être dans l’accueil, faire portier, pour « voir du monde » ! En tout cas, il défend ses réalisations pied à pied.

Les deux hommes sont dans un bureau auquel des images projetées de la création du monde par Michel-Ange, confèrent parfois une dimension grandiose. Dieu est engoncé dans un costume compliqué, censé correspondre à son identité particulière.

Nous assistons à un échange de bons mots, une joute verbale où la Genèse est relue en forme de bilan. Ne nous posons plus de questions sur la création ! Tout est expliqué…

– Revenons au commencement, dit le directeur. C’est vous qui avez peuplé le ciel et la Terre ? Comment ?
– J’ai fabriqué une petite série d’êtres vivants et je les ai jetés en l’air, comme on jette du sable pour connaître la direction du vent. Ceux qui ne sont pas retombés, je les ai appelés oiseaux; ceux qui sont retombés dans l’eau et ne se sont pas noyés, poissons. Et ceux qui sont tombés sur la terre à quatre pattes, vaches … Il n’y en a qu’un qui est retombé sur ses deux pieds …
Dieu s’est arrêté, il semble ému.
– Il a commencé à se plaindre … et à m’engueuler …
Dieu essuie furtivement une larme.
– C’était l’homme.

Dieu n’est pas fier, on peut le critiquer, il se plaint lui-même du devenir de ses créations, de ses échecs, et surtout des hommes. L’humour repose sur le contraste entre les images que nous avons de Dieu et le dialogue trivial. L’auteur joue de nos références communes. Les effets de surprise sont désopilants.
Quand je pense que je leur ai fait des petits chemins qui sentent la noisette et que j’ai caché des fleurs sauvages dans les bas-côtés. Ils traversent tout ça à cent à l’heure sans prendre le temps de regarder, ni de respirer, pour arriver plus tôt sur la Costa Brava…

Pas de vocabulaire savant ou sublime,  Dieu passe en revue, dans un style le plus ordinaire, les défauts, les ratés, mais aussi les catastrophes (son casier judiciaire est impressionnant). Son fils unique ne trouve pas grâce à ses yeux, on rit de bon cœur à toutes ces plaintes de père déçu !

C’est vous qui avez eu l’idée de la reproduction des hommes ? demande le directeur à Dieu.
– Hélas ! Oui. J’étais fatigué, j’avais fini tous les modèles de base, j’avais le droit de me reposer, j’ai voulu passer la main. Il n’y avait plus qu’à recopier, alors j’ai sous-traité. Moi, je voulais qu’ils se reproduisent raisonnablement, pas comme les lapins.
– Mais c’est votre fils qui leur a dit : « Croissez et multipliez-vous. »
– Oh lui, quand il y a une connerie à dire, il est jamais le dernier !  
Le drame, c’est que cette fois les hommes l’ont écouté, et l’ont suivi. Habituellement, personne ne fait attention à ce qu’il raconte, il parle dans le désert. Quand il dit : « Aimez-vous les uns les autres », c’est pas grave, ça fait marrer tout le monde, on croit qu’il est saoul, et personne ne l’écoute. Mais la reproduction, faut croire que ça les a branchés, ils y ont pris goût, et maintenant, on est cinq milliards, on est trop.

Quant aux problèmes qui affligent nos sociétés, inutile de chercher trop loin !        -Pourquoi vous avez fait une population multicolore? demande le directeur à Dieu.                                                                                                                                                                        -Vous avez déjà regardé des nouveau-nés blancs?                                                                     -J’en ai fait deux, dit fièrement le directeur.                                                                                   -Y a pas de quoi se vanter, c’est pas très beau, on dirait des endives. Des bébés noirs, ou jaunes, ou rouges, c’est plus gai.

Ne boudons pas notre plaisir : si, dans la mise en scène de Françoise Petit-Balmer, les comédiens sont plutôt statiques, ils se renvoient la balle avec verve ! La voix un peu nasillarde de JF. Balmer convient à merveille à cet interrogatoire sans  ménagement, et son physique donne son envergure à Dieu descendu sur terre avec un CV impressionnant quoique, peut-être, globalement négatif ! Il n’est pas embauché….

Isabelle Royer

 

 

 

 

 

 

 

       

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