Deux films russes émouvants sur le pouvoir…de la voix.

Le Festival du film russe à Honfleur du 21 au 26 novembre 2017 offre de belles découvertes. Deux films émouvants sur le pouvoir de la voix.

allume le feu

Le film de Pletniov, Allume le feu ! met en scène une femme plutôt rude, sans affèteries, dont le métier et la famille sont grossiers, voire brutaux. Sa voix de diva métamorphose Alevtina en une jolie femme séduisante et libérée, consciente d’elle-même : de l’influence d’un personnage, celui de la Tosca, dans l’opéra de Puccini, sur une femme d’aujourd’hui …Son argument mêle amour, politique, tyrannie et liberté comme dans cet univers carcéral russe.

Le niveau d’inculture au cœur d’une hiérarchie  corrompue est tel que la figure de son mentor, détenue ancienne pianiste et chanteuse, jouée par Victoria Isakova, nous met du baume au cœur. On a eu beau nous dire qu’il s’agissait d’un conte, nous n’en avons pas moins admis comme réalistes les portraits des hommes – gardiens de prison veules ou violents, mari bestial et machiste – et même les outrances, les fards, la vulgarité  de la télévision dans une émission comme The voice.

Cendrillon devient princesse ? Oui et non !  La fin est ambiguë : après avoir sauvé son professeur de chant, elle rentre au bercail. Entre les paillettes de la télévision et les rudesses de la prison, elle fait son choix, même si l’on comprend que personne désormais ne la soumettra. En fait, l’argument du film semble être la solidarité, l’amitié, le respect entre les uns et les autres, notamment entre les hommes et les femmes, nés d’une estime de soi durement gagnée.

selle turque

 

Le 2ème film est La selle turque de  Yussup Razykov, allusion à la selle turcique, cavité contenant l’hypophyse. Le film procède par ellipses.  La vie d’Ilych est routinière, et solitaire ; les jours se succèdent et se ressemblent : horaires,  repas, trajets. Pour nous, c’est un homme mécanique, mutique, voire autiste, pour qui le mot « vie » a peu de sens. On apprend progressivement et par déduction que c’est un ancien militaire, affecté à la police secrète.  Parfois  il suit tel ou tel passant, par compulsion. Peut-être est-il affecté par un syndrome de dépression, lié à la selle turcique.

Comme dans La vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck en 2007, ce personnage joué avec justesse par Valeri Maslow, va être bouleversé par la beauté d’une voix, entendue dans la cage d’escalier de son immeuble, et ravi, au sens d’un rapt, par l’art.

Mais on ne change pas si facilement : homophobie, violence, conditionnement, comment un retraité assigné à la sécurité pourrait-il  laisser venir à lui et l’illuminer les splendeurs de la musique ? Trop tard, il découvre que la voix de l’ange est la voix d’un contre-ténor (Philippe Jaroussky)….Les larmes du désespoir le plus absolu ravagent alors son visage comme une prise de conscience.

Isabelle Royer

       

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