De l’autre côté des murs

Qui aime vivre entre quatre murs ?  Cela peut dépendre des murs en question, ou de ce qu’il y a de l’autre côté.
Le mur, symbole de ce qui nous enferme, est aussi celui de ce qui nous protège … en nous enfermant. Ou nous excluant. Est-il mieux d’être dedans ou dehors? De quel côté ? Question absurde. Notre véritable nature n’est-elle pas celle de circuler ?

L’histoire des hommes est souvent aussi une histoire des murs : la muraille de Chine, le mur de l’empereur Hadrien, le ghetto de Varsovie … Le mur de Berlin.
Et alors que les empreintes du passé survivent dans les récits, les témoignages, les fictions littéraires et cinématographiques, les murs du présent deviennent les pages sur lesquelles les artistes viennent déposer leur art.

Les murs parlent en silence        

De juin à février dernier, on pouvait visiter l’exposition des œuvres de Ernest Pignon Ernest : « Ecce homo ». Au Palais des papes à Avignon. Photographies de 50 ans de travaux. Des sérigraphies, collages, de personnages à échelle humaine qui ont été visibles sur les murs des rues de Paris, Naples, Calais et tant d’autres villes, jusqu’au Chili. On y voyait la souffrance, l’injustice, le long et à hauteur des trottoirs que les passants ont forcément croisés du regard, à Rome ou Genève, et ailleurs. Toute une histoire de la violence, poignante, dont la force est précisément dans le fait qu’elle s’exprime sans un mot.

Les murs séparent
En 2005, l’artiste Laurent Mareschal a tourné une video intitulée : « La ligne verte ». Pour commencer, on voit, dans un paysage méditerranéen, un assemblage de bâtiments blancs, plongés dans une lumière éclatante. S’y substitue une peinture en trompe l’œil. En gros plan : des cactus qui poussent sur un éboulis de pierre. La caméra en élargissant son champ, dévoile un olivier, des constructions blanches sous le soleil. Dans un fondu enchaîné, et grâce à des images de synthèse, le paysage et la peinture, exactes répliques l’une de l’autre, se mêlent. On comprend que la peinture a été réalisée sur un mur qui cache le véritable paysage qu’il représente. Puis le mur se craquèle, des morceaux de béton se détachent. La fresque s’éfondre en partie sous nos yeux. Une brèche s’ouvre. Par cette issue, la caméra entre dans le paysage réel et quand elle prend de la hauteur, on découvre que le pan de mur qui a servi de support à la peinture, est une minuscule partie d’une clôture, qui sillonne le paysage, à perte de vue. On reconnaît alors le mur de séparation entre Israël et la Palestine, une ligne sinueuse que l’on sait s’étendre sur plusieurs centaines de kilomètres.

Les murs enferment

En 2014, une exposition a eu lieu dans la prison Sainte-Anne à Avignon, construite au XVIIIe siècle. L’endroit était désaffecté depuis plus de 10 ans. Sa destruction ou sa réhabilitation en lieu ouvert était prévue après l’exposition. Des œuvres des plus grands artistes contemporains y figuraient. Et alors que le Mistral avait rongé le bâtiment et que le fleuve tout proche s’était infiltré dans sa base, les murs d’enceinte s’étaient lézardés, ceux des cellules étaient écaillés, rongés par le froid et la saleté. Deux cents œuvres d’art contemporain ont pris place dans les cellules et dans les longs couloirs sombres préservés volontairement dans leur état d’abandon. Le regard du visiteur, dans ces conditions, ne pouvait qu’être double. Parce qu’aux installations artistiques se mêlaient les traces et empreintes de ce qui avait eu lieu ici. Là où les prisonniers avaient été maintenus, leur souvenir flottait encore. Leur présence était constante. Et même si les lits et un quelconque mobilier avait été enlevés, il restait ce qui avait été leur horizon : les murs. Et sur ces murs dégradés, écaillés, délavés, il restait encore quelque chose qui témoignait de leur passage : des graffitis, des lambeaux d’illustrations de magazine, des phrases à moitié effacées. Sur une de ces cloisons on pouvait lire en grandes lettres maladroites : ça vaut pas le coup de vivre sur terre avec ces… mot illisible. Ailleurs on voyait gravées les heures de ronde en énormes caractères.
Une chose était remarquable, voulue ou non, quasiment aucune des installations des artistes n’avait les murs pour support. Comme si deux formes d’expressions se côtoyaient et ne pouvaient se recouvrir.

Les murs font rêver
Ils sont aussi des sources pour l’imaginaire. Ils peuvent parfois faire naître autant de rêves que de désirs. Qu’y a-t-il au-delà ? Quelle est cette sourde musique que l’on entend de l’autre côté ? D’où viennent ces bruits légers ? Lointains ?

Ernest Pignon Ernest : l’art de révéler l’invisible sur les murs des villes du monde

Prison Sainte Anne La disparition des lucioles

La ligne verte

Ces œuvres d’art inspirées par le mur de Berlin

       

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