Cirque Plume, « La dernière saison »

Avec le cirque Plume, il me faut assumer mon inconditionnalité…

Dimanche après-midi, je suis sortie du Volcan en total ravissement, malgré la bruine et le reste de froid. Et cette joie a résisté à tous les bémols de plusieurs de mes amies : « Moins beau que les autres fois, moins poétique, des lourdeurs, des remplissages… » Rien, je n’ai rien ressenti de tout cela, j’ai tout aimé, tout, comme les autres fois.

Bien sûr, j’avais été mise en condition par la rencontre avec Bernard Kudlak à l’Université Populaire, le lundi précédent.  Rencontre que j’avais trouvée passionnante et sympathique. Bernard Kudlak, un des fondateurs, avait raconté avec beaucoup d’humour toute l’histoire de son cirque, depuis ses débuts un peu « foutraques » dans la foulée des rêveuses années 70, quand un vent anarcho-libertaire soufflait encore sur les utopies ; jusqu’à cet adieu paisible et réfléchi de la « dernière saison ». Comment à partir de trois balles, d’un instrument de musique, d’un petit chapiteau et d’une vieille caravane, un groupe de rêveurs à cheveux longs avait inventé un « nouveau cirque », aux côtés de Zingaro et d’Archaos, la signature de Plume étant dès le départ un regard poétique sur la fragilité du monde, sur la délicatesse qu’il faut pour prendre soin de l’éphémère présent.

Alors voilà, j’assume…Ma part d’enfance peut-être, qui « adore » et écarte toute demi-mesure de la partition. Juste le plaisir, une sorte de joie simple qui ne se pose pas de questions, une émotion pleine et entière qui met des étoiles dans les yeux et qui fait dire : C’est beau !! Encore !!

J’ai aimé les pétales qui tombent en silence du ciel sur la scène alors que rien encore n’a commencé. Les branchages blancs suspendus qui joueront de leur ombre japonaise quand montera une lune rouge. Ces chorégraphies aériennes au mât chinois ou sur l’anneau aérien, où la performance est si bien maîtrisée qu’on l’oublie et qu’on n’en retient que l’envol, que l’élan. Ce beau dialogue entre la rockeuse funambule à deux fils et son groupe de musiciens. Celle qui marche sur des bouteilles, si légère et si sûre de son chemin qu’elle ne brise rien et ne dévie jamais. L’humour fou de la jeune contorsionniste qui compose et recompose avec son corps d’improbables sculptures déstructurées. Les drôles de percussionnistes qui font claquer des couvercles de valises et résonner le corps de leurs acolytes. Ces acrobates qui font danser l’acrobatie, ces femmes malicieuses qui jouent de leurs muscles contre les muscles des hommes et qui gagnent la partie, ces clowns poètes sans nez rouge qui récitent Verlaine, ces animaux sauvages qui se cachent en notre intime préhistoire et qui resurgissent sans qu’on s’y attende, qui font rugir et hennir l’étonnant acrobate zoomorphe. Le miroir rond qui devient lune dans le ciel de nuit, la mer noire et soyeuse dans l’obscurité, son vrai bruit d’eau quand on y pose le pied, la vague blanche qui se gonfle, les sacs plastique multicolores qui s’envolent et envahissent la plage et la scène, étrange pollution joyeuse et festive dont le message écologique est pourtant clair.  Et les parapluies rouges suspendus comme de beaux lampions chinois, l’orchestre qui tourne sur lui-même, les musiciens proches et solidaires sur le petit manège final, tandis que valsent les artistes, nostalgie dorée, grande douceur, grande paix…

Et j’en oublie. Forcément.

Oui j’ai tout aimé.

Et emporté avec moi en secret, ultime signature, l’image d’une plume blanche qui tombe et se pose au creux d’une main tendue…

 PS Lire le beau texte de Bernard Kudlak sur le flyer. Et…un court roman que je viens de découvrir dans l’œuvre de Jeanne Benameur : « Les reliques ». Rien à voir…Quoique…

 

les reliques jeanne benameur

 

Véronique Garrigou, Cirque Plume, « La dernière saison »

Dimanche 3 décembre 2017, au Volcan

       

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