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Cinéphilie : « ne jamais penser, comme le disait Godard, qu’il s’agit d’une image juste, mais de juste une image »

Jean-Louis Comolli vient de publier chez Verdier : Daech, le cinéma et la mort, août 2016, 128 pages, 13,50 €

Dans Le Monde :
comolli
 
« L’auteur n’est pas politologue, il est cinéaste et théoricien du cinéma. Tenant davantage de l’essai, son livre retiendra tout particulièrement l’attention des cinéphiles mais est plus largement destiné à quiconque s’intéresse à la production des images et au rôle désormais prééminent, vertigineux devrait-on dire, qu’elles tiennent dans notre société. Ces images, et plus particulièrement dans ce livre celles de Daech, Comolli nous en parle depuis l’intérieur de ce pays qu’on appelle la cinéphilie.(….)
 
 Le livre procède donc d’un paradoxe qui s’avère fructueux. Montrer, d’une part, que les images produites par Daech entrent dans une définition a minima du cinéma (cadrage, montage, diffusion), s’inspirent même de modèles efficaces et prestigieux en matière de spectacle cinématographique (le canon hollywoodien), mais ne cessent pour autant de trahir ce qui définit l’art proprement dit du cinéma. La démonstration passe donc moins par la condamnation morale de l’évidente monstruosité de ces images (mises à mort frontales, sadiques et humiliantes) que par l’étude formelle, puisée aux meilleures sources (Lumière, Ford, Mizoguchi, Pasolini…), qui nous les révèle comme étrangères à l’éthique du cinéma.(…)

 
Et c’est en restant fidèle au corpus théorique qui détermine cette éthique – le rapport du champ et du hors champ, le montage comme intelligence des sensations, la liberté du spectateur, etc. – que l’auteur montre, par la seule raison esthétique, en quoi les images de Daech asservissent plutôt qu’elles ne libèrent, avilissent plutôt qu’elles n’honorent quiconque.(…)
 
Les images de Daech seraient peut-être le point ultime du dévoiement du régime des images en Occident, vectrices d’un pacte morbide inédit, et instrumentalisées par une industrie des loisirs toute-puissante qui aliène le spectateur et l’individu au profit du consommateur, détruisant plus ou moins insidieusement tout ce qui résiste à ce modèle.
Jacques Mandelbaum, pour Le Monde
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cinema/article/2016/08/23/les-images-de-daech-analysees-a-l-aune-d-une-ethique-cinephile_4986613_3476.html#LYHe4IQVddicoii6.99
 
Dans La cause littéraire :

(…) Daech, le cinéma et la mort, condense dans son titre ce qui est en jeu dans la propagande maléfique filmée par les terroristes. Il s’agit de mettre la mort réelle en scène, de la rendre visible dans le monde entier et sur l’instant. Jean-Louis Comolli en cinéaste-penseur aiguisé, et en penseur-cinéaste affuté, met avec justesse ce projet funeste en lumière. Le support numérique qui a déjà enterré la pellicule cinématographique en finit là avec la mort jouée et toujours recommencée – le merveilleux clap, son silence et moteur, ça tourne –, qui n’a cessé d’habiter le cinématographe depuis les premiers films des frères Lumière. Les cinéastes artistes ont toujours pris leur distance avec la mort – Ford, Hitchcock, Bergman, Fuller (The Big Red One filme l’horreur des camps sans la montrer), Tourneur –, jeu de cache-cache scénarisé et cadré, mis en scène, il faut savoir la cacher, jouer sur ses fugaces apparitions et ses disparitions, dans tous les cas, préférer l’imaginaire à sa représentation.

C’est un territoire dangereux, semblent-ils dire, qu’il convient d’aborder avec la raison, les armes du montage et de la mise en scène, ne jamais penser, comme le disait un cinéaste Suisse, un temps maoïste, qu’il s’agit d’une image juste, mais de juste une image. Mais les terroristes vidéastes de Daech croient dur comme fer à la vérité de leurs images de la mort en action et en acte(…)

Les clips glaçants de Daech ne viennent pas de nulle part pour Jean-Louis Comolli, ils ne viennent pas hasardeusement aujourd’hui envahir les réseaux numériques. Ils s’inscrivent dans un temps où le contenu domine et exclut la forme – Les clips de Dach en sont l’exemple parfait : tout est filmé de la même façon, la répétition règne sur le fond et la forme comme elle règne dans la plupart des mises à mort…. Philippe Chauché

http://www.lacauselitteraire.fr/daech-le-cinema-et-la-mort-jean-louis-comolli

 

 

       

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Présidente de la MCH

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