Big Bang, Ou La vie d’un professeur de philosophie, de Philippe Avron

Il n’y a pas tant d’enseignants qui nous ont laissé d’heureux souvenirs. Philippe Avron eut la chance de connaître l’un de ceux-là : un professeur de philosophie, brutal et formidable éveilleur des esprits, décrassant sans ménagement les têtes d’adolescents farcies de préjugés.

Vite fait en plus. Car c’est le champion du sprint philosophique. En quelques minutes chrono, le prof vous expédie Kant, Nietzsche et Montaigne. En face, pour l’écouter médusés et vaguement inquiets des élèves auxquels il donne d’énigmatiques surnoms : Tête de silex, Carbone 14, Gueule de granit et autre face de marbre.

Flavie Avargues, la comédienne qui incarne ce cher professeur, emporte aussi les spectateurs dans une vibrionnante causerie où l’on évoque, dans le parfait désordre d’un chaos originel, la déplorable manie d’électrons tournant comme des cons, la difficile survie des dinosaures menacés d’inanition ou les divers stades d’évolution de la majorette de Broadway.

Ajoutez à cela un chat, vieux matou madré et coupé, le cheval de Bartabas qui passait dans les environs, la fraise de Montaigne, auréole tombée sur les épaules, une tête de mort pour nous rappeler que philosopher c’est se familiariser avec cette tête-là et, pour finir, quelques spécimens de la vénérable Education nationale :, Mademoiselle Plotin, cartésienne au front bas, une Madame Hommasse, naturellement préposée à l’Education physique, un inspecteur, franc-maçon et palmé, vigilant gardien de traditions compassées.

Pas de quoi troubler notre professeur qui nous entraîne dans le maelstrom de ses réflexions, lâchées à un rythme endiablé, car notre homme n’est pas un joueur de terre battue mais de surface synthétique, et la balle de ses pensées va très vite. Et, pour reprendre la métaphore tennistique, la capricante faconde de Philippe Avron et de son héros nous renvoie de vastes théories balancées du fond du court, de sournois paradoxes frappées de revers, des aphorismes définitifs repris à la volée et des apories métaphysiques finement slicées. Parfois aussi, le propos se pose, grâce à Montaigne, ce Lévi-Strauss du seizième siècle, qui décline avec une sorte de bonhomie, les usages variés des diverses peuplades. Et de conclure cette longue litanie par cette belle mise en garde : « Tout ce qui est contraire à la coutume nous le croyons contraire à la raison. » Belle leçon de tolérance dont notre époque ferait bien de s’inspirer.

Cependant, rassurez-vous, nous ne sommes pas sur les bancs du lycée. Mais au théâtre. Cultivant à son tour le paradoxe, le metteur en scène, Michel Bruzat a donc choisi de confier la réincarnation de ce professeur un peu carré à la charmante Flavie Avargues dont on avait pu apprécier dans de précédentes créations, la fraîcheur juvénile et le charme acidulé. Elle interprète ici avec une fougue étonnante ce monologue haletant et prête sa voix aux différents personnages avec une belle alacrité. Comment rêver de meilleur pédagogue pour nous instruire, de plus talentueuse comédienne pour nous divertir ? Pour elle, pour Philippe Avron, pour la simple et efficace mise en scène de Michel Bruzat… Et pour la philosophie, on vous conseille ce Big Bang dans tous ses éclats.

Yoland Simon. (Radio albatros. Le Havre) pour l’association MCH.
Big bang ou la vie d’un professeur de philosophie.
De Philippe Avron, par le Théâtre de la Passerelle
Petit Louvre (Van Gogh) 17H30

       

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Présidente de la MCH

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