Art et litiges– 10mn chronique, sur Ouest Track radio, dans Viva Culture, une émission de la MCH  

détail joconde

Ne croyons pas que les milieux de l’art sont des endroits paradisiaques de beauté, de calme et d’enchantements dus à la création et à la contemplation. La plupart des histoires qu’on peut y entendre pourraient donner lieu à des romans, voire des romans policiers. Des histoires de faussaires, d’héritiers qui se déchirent, d’artistes irascibles, de collectionneurs peu scrupuleux.


Le 21 août 1911, Vincenzo Peruggia, un vitrier italien employé au Louvre quitte le plus grand musée du monde emportant sous le bras Mona Lisa, sans éveiller le moindre soupçon. Le matin du mardi 22 août 1911, le peintre Louis Béroud, se rend au Salon carré pour préparer son prochain tableau, qu’il a l’intention d’intituler Mona Lisa au Louvre. Arrivé à l’emplacement de l’œuvre de Léonard de Vinci, il se trouve devant un pan de mur vide : il n’y reste plus que quatre crochets. La Joconde a disparu! le tableau a été volé. Le chef de la Sûreté parisienne et une soixantaine d’inspecteurs arrivent sur les lieux du crime. Ils ne retrouvent que le cadre et la vitre du tableau. Le directeur du Louvre démissionne. Hé oui, c’est dur… S’ensuit plusieurs jours de folie où les suppositions les plus invraisemblables sont imaginées. On parle de complot, d’espionnage… Même Guillaume Apollinaire et Picasso sont arrêtés. Et relâchés. Le public vient au Louvre se masser devant l’emplacement vide du tableau. Les offres de récompense à qui rapportera la Joconde se multiplient. Sans succès. Mais enfin, où est la Joconde ? Elle est à Paris et et y restera, incognito pendant deux ans, dans un vieil appartement du Xe arrondissement. Pendant tout ce temps Perrugia, sous le faux nom de Leonardi (il fallait y penser), essaie de vendre la Joconde en Italie. Le 10 décembre 1913, il prend rendez-vous avec un antiquaire qui reconnaît immédiatement le tableau et appelle la police. Fin de la cavale de Mona Lisa. Elle est rendue au Louvre le 4 janvier 1914.

BBuffet frigoA propos de collectionneurs peu scrupuleux, il y en a un qui aurait pu augmenter sa fortune si l’artiste ne lui avait pas mis des bâtons dans les roues. Je veux parler de l’affaire du frigo. Voici les faits : en 1958, un centre de protection pour l’enfance, demande à dix artistes dont Bernard Buffet, de décorer des réfrigérateurs au bénéfice d’une vente de charité. Le frigo de Bernard buffet rapporte 1 million d’anciens francs. Son acquéreur, quelques mois plus tard, met en vente la partie supérieure de la porte du frigo. Il avait l’intention de le découper petit à petit et d’en vendre tous les morceaux. Or une œuvre d’art, même après avoir été vendue, donne à l’artiste le droit de veiller à ce que son œuvre ne soit ni dénaturée ni mutilée. Bernard Buffet apprend donc ce qui se trame et saisit le juge des référés. La suite de cette histoire nous mène jusqu’en 1965, soit 7 ans plus tard, de jugements en pourvois en cassation. Sachons simplement que Bernard Buffet aura gain de cause, il sera interdit à l’acquéreur peu délicat de vendre le frigo en puzzle.

 Une autre histoire d’artiste qui ne se laisse pas faire : celle-ci se passe entre Londres et Paris. En 1893, un certain Lord Eden souhaite faire un cadeau à sa femme. Pas n’importe lequel : le portrait de la dame exécuté par un peintre célèbre et talentueux mais dont les œuvres coûtent très cher : 400 à 500 guinées. Notre lord s’arrange, grâce à un intermédiaire pour obtenir un prix, disons, plus raisonnable : on lui propose verbalement un accord pour 100 à 150 guinées. Lady Eden se rend à paris pour poser devant le peintre : James Mc Neill Wistler. Lorsque Lord Eden vient voir le tableau quasiment achevé il remet une enveloppe au peintre qui découvre plus tard un chèque de 100 guinées. Il est offensé. Il estime que son tableau vaut bien 150 guinées. Aujourd’hui un contrat aurait été signé préalablement mais au XIXe siècle on se faisait confiance. Le peintre refuse de livrer le tableau et propose de rembourser les 100 guinées et les frais de voyage de lady Eden. Le commanditaire intente un procès au peintre… Passons encore une fois sur les détails. Ce qu’il faut savoir c’est qu’entre temps Wistler a remplacé la tête de lady Eden par celle d’une autre dame… Ceci nous entraîne de procès en procès jusqu’en 1900. Six ans donc de tracas et le peintre garde le tableau.

Au delà des histoires vols de tableaux ou de chicanes et d’emportements enflammés autour de la peinture, il y a aussi, parfois, ce qui pourrait donner lieu à des romans d’espionnage. Le 17 octobre 2001, à New York, un galeriste reçoit l’appel d’un agent du FBI qui voudrait voir un dessin de Mark Lombardi. Il lui est répondu qu’il trouvera cette œuvre exposée au Musée Gougenheim. Quelque temps après, le dessin disparaît de l’exposition. Ce dernier se présente de cette façon : sur une grande feuille blanche, de petits cercles sont tracés de place en place, reliés entre eux par des lignes courbes. A l’intérieur des cercles on peut lire des noms, au bout de chaque ligne on déchiffre des noms, des lieux et des dates. En réalité cette œuvre détaille les liens financiers entre Ben Laden et le système bancaire américain. Mark Lombardi à partir de ses propres recherches, principalement dans les journaux, comme n’importe qui pouvait le faire, avait constitué des cartes montrant les relations entre le monde financier et le monde politique, retraçant en une sorte d’atlas les principaux scandales politico-financiers des dernières années. Ce qui n’avait pas manqué d’éveiller l’attention du FBI. Le tableau terminé en 2000 permettait, dans une petite partie de ce grand diagramme, de voir les réseaux de noms, de banques, d’institutions qui liaient les noms de la famille Bush à ceux de la famille saoudienne des Ben Laden. Mark Lombardi a été retrouvé chez lui, pendu, le 22 mars 2000. Un suicide. Ou pas, selon sa famille.

détail lombardiLes tableaux (les cartes…) de Lombardi ont été exposés en été 2003 au palais de Tokyo à Paris lors de l’exposition GNS « Art contemporain et investigations géographiques »

Vases communicants MCH/Ouest Track Radio :
 réécoutez 10 mn Chronique ! en podcast dans l’émission Viva Culture ! du  26 novembre sur #Ouest Track Radio (ouest-track.com)

 

       

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