A Caen, l’Iphigénie de Goethe le 10 novembre 2016.

Dans nos Bons plans (covoiturage possible) :

« Malheur à qui, loin de ses parents et de sa fratrie,/Mène une vie solitaire ! Le chagrin consume/Sur ses lèvres le bonheur présent. (…) Je ne querelle pas les dieux ; mais/La condition des femmes est pitoyable./A la maison comme à la guerre, c’est l’homme qui règne,/Et en terre étrangère il sait comment s’y prendre./A lui la joie de posséder, à lui la couronne de la victoire ! » Qu’il est beau, le chant de cette exilée venue d’un temps si ancien et qui, pourtant, parle à ce point au nôtre. Et quelle belle idée de ramener Iphigénie sur nos rivages, plus souvent fréquentés par ses sœurs terribles, inflexibles et souffrantes – les Médée, ­Antigone ou Electre. Souffrante et inflexible, pourtant, Iphigénie l’est, elle aussi. Mais avec une douceur inébranlable qui fait d’elle une figure unique dans la cohorte des héroïnes antiques.

L’héritière des Atrides est toute parole, et cette parole est chant, celui de la douleur de l’exil et de ­la malédiction

Voilà qui a séduit Jean-Pierre ­Vincent. Après le formidable succès de son En attendant Godot – deux ans de tournée partout en France –, le metteur en scène a choisi Iphigénie en Tauride pour ouvrir la saison du Théâtre ­national de Strasbourg, dont il fut le directeur en d’autres temps, de 1975 à 1983. Une Iphigénie un peu particulière, qui n’est pas celle, originelle, d’Euripide, mais celle de Goethe. Selon l’expression du metteur ­­en scène lui-même, c’est une ­ « Iphigénie des Lumières » qu’il magnifie ici, avec cette pièce écrite par le géant allemand entre 1778 et 1802, en deux versions, l’une en prose et l’autre en vers. Bernard Chartreux, l’indispensable alter ego de Jean-Pierre ­Vincent, signe, en compagnie d’Eberhard Spreng, une nouvelle traduction des deux textes (publiée à L’Arche éditeur), qu’il a habilement fondus en un seul pour offrir une version qui concilie la poésie et l’efficacité théâtrale.

(…)Toute la pièce – ou plutôt le poème dramatique – est ainsi dans le combat éternel des forces des ténèbres et de celles des lumières. Elle élève une statue à une femme, Iphigénie, qui lutte avec les armes de la parole contre le pouvoir masculin ­guerrier, quand il n’est pas barbare, ou fou.

goethe

 

Pensée et sentiment qui mènent, bien sûr, vers des rivages très actuels, où s’échouent des douleurs aussi tragiques que celles des héros antiques.(…)

Iphigénie en Tauride, de Goethe. Mise en scène : Jean-Pierre Vincent. Théâtre national de Strasbourg. Tél. : 03-88-24-88-00 Du mardi au samedi à 20 heures, jusqu’au 24 septembre, et dimanche 25 septembre à 16 heures. De 6 € à 28 €. Puis tournée à Lille, Marseille, Belfort, Caen, Genève (Suisse) et Paris au Théâtre de la Ville, du 23 novembre au 10 décembre. www.tns.fr

 Fabienne Darge (Strasbourg, envoyée spéciale)
  • Journaliste au Monde

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/scenes/article/2016/09/16/jean-pierre-vincent-ramene-iphigenie-sur-nos-rivages_4999036_1654999.html#eSJJ76oxwIXVMuzv.99

       

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