Comme un hommage à la Maison de la culture du Havre

Dans le Havre Libre du 2 novembre 2016, une double page est consacrée au livre Culture et démocratie, une histoire de la Maison de la culture du Havre

EXTRAITS

En 2012, la Maison de la Culture fêtait ses 50 ans et organisait un colloque rassemblant les témoignages des acteurs de cette aventure initiée par Malraux mais aussi d’historiens et de spécialistes.(…)

Oserons-nous citer une fois de plus André Malraux, ministre de la Culture ? Oui. Parce que l’association Maison de la Culture vient de faire paraître un livre retraçant l’histoire extraordinaire de ces maisons voulues par le ministre qui rêvait d’une culture accessible à tous. « Il n’y a pas une maison comme celle-ci au monde, ni même au Brésil, ni en Russie, ni aux États-Unis. Souvenez-vous, Havrais, que l’on dira que c’est ici que tout a commencé », déclarait-il dans son discours en 1961 alors qu’était inaugurée, à la Porte Océane, la toute première Maison de la Culture de France.

L’utopie de Malraux était d’ouvrir l’art à tous. Un projet fou. Toujours en chantier. « Rien n’est jamais acquis, confirme Isabelle Royer, présidente de l’association Maison de la Culture. L’accès à la culture pour le plus grand nombre est toujours un combat qui prend de nouvelles formes en fonction de l’évolution de la société. Comme la dernière initiative du Volcan avec la web-série Tour Réservoir qui se déroule à Caucriauville avec ses habitants. C’est aussi l’ouverture du forum de l’espace Niemeyer aux jeunes venus y danser le hip-hop. Ce sont des moments de grâce ». Des spécialistes s’expriment dans cet ouvrage sur l’histoire, le contexte social et politique mais aussi les enjeux qui ont mené à la création de ces Maisons, moins nombreuses que voulues à l’origine. (…)

Il en ressort un livre mémoire qui, loin d’être nostalgique (même s’il rappellera de nombreux souvenirs aux Havrais), se projette dans le présent et l’avenir. À quoi auront donc servi ces Maisons de la Culture ? Ont-elles des héritiers aujourd’hui ? Peut-on mesurer l’impact qu’elles ont eu ailleurs comme au Havre ?

« André Malraux pensait qu’il suffisait de mettre quelqu’un face à une œuvre pour qu’il soit ébloui… C’est un peu plus compliqué que cela et c’est notre rôle à chacun d’animer la culture », affirme Isabelle Royer. Elle commente pour nous quelques photos tirées du livre.

jm-lerat-inauguration-7Nous sommes en 1982, Jack Lang, alors ministre de la Culture, vient inaugurer le Volcan, nouveau lieu de la Maison de la culture. « C’était un moment attendu. Il a fallu dix ans de pétitions. Dix ans d’attente avant de voir le chantier s’ouvrir et le lieu construit. Une grande partie de la population s’était mobilisée autour de ce projet. En 1961, André Malraux avait ouvert la Maison de la Culture au musée Malraux mais c’est un lieu hybride, certes intéressant mais pas du tout adapté. La Maison de la culture part alors vers le Théâtre de l’hôtel de ville. Mais il lui fallait tout de même un site, d’ailleurs à l’emplacement du Grand Théâtre d’avant-guerre. C’est pour cela que cette bagarre a été si importante et si longue parce que le financement n’était pas là, des voix s’élevaient contre… Et puis le maire Duroméa a eu l’idée d’Oscar Niemeyer qui avait déjà construit les locaux du parti communiste place du Colonel-Fabien à Paris. C’était très très ambitieux évidemment. Du coup, la Maison de la Culture était sous chapiteau en attendant (voir ci-dessus). Et puis, certains ne voyaient pas l’intérêt. L’ancien maire, Antoine Rufenacht, avait coutume de dire que les Havrais voulaient des squares et des casinos. Ce Volcan bénéficiait de tout ce qui nous était nécessaire pour diffuser la culture : une grande scène de théâtre, des ateliers pour construire les décors, dans le Petit Volcan on avait les bureaux, une salle polyvalente de théâtre, un bar tout à fait accueillant..”.

Comme une grande partie de la ville, le Grand Théâtre d’avant-guerre, celui de la place Gambetta, n’avait pas survécu aux bombardements. Et les Havrais épris de culture rêvaient de le voir reconstruit. D’ailleurs, entre 1946 et 1966, pas moins de 17 projets sont étudiés pour édifier un nouveau bâtiment avec les dommages de guerre.(…)

En attendant, il est décidé de monter un chapiteau sur cette fameuse place Gambetta. Le premier dresse sa toile en 1966. Il est tout naturellement baptisé « Pleins Feux 66 ». Et c’est un succès.  (…)

Oscar Niemeyer, le grand architecte brésilien, est chargé de la construction de la nouvelle Maison de la Culture. Et, dans le principe même de ce qu’avait voulu Malraux, l’association qui dirige ce lieu est constituée de citoyens et non pas seulement de professionnels ou de financeurs. « Et ça, c’était tout à fait original. Alors bien sûr, les discussions s’éternisaient. Cela pouvait durer des heures. Il fallait que chacun puisse donner son avis avant de trouver le consensus. La démocratie en action, qu’on se le dise, c’est difficile », sourit Isabelle Royer.(…)

Une des nouveautés de la Maison de la culture est qu’elle était pluridisciplinaire. Elle n’accueillait pas que des spectacles mais aussi des concerts, du cinéma, de la danse, du cirque…(…)

Alain Milianti a dirigé la Maison de la Culture de 1990 à 2006. C’est à lui que l’on doit le nom du Volcan. Une dénomination propre à rendre les Havrais fiers de cet espace, bien plus satisfaisante que « le pot à yaourt », plutôt méprisant ou « la centrale nucléaire », clairement négatif.

« Alain Milianti, donc, était créateur, metteur en scène. Il fonctionnait à l’amitié, à la rencontre, aux rapports humains. Avec Jean-Luc Courcoult (qui dirige Royal De Luxe) ils ont conçu la ville décor.

Et les créateurs des Géants ont estimé que Le Havre était la ville idéale pour servir d’écrin aux machineries avec ses grandes et larges avenues, son port et son ouverture sur la mer. Et c’est ainsi, au cœur du Havre, qu’ils ont imaginé le premier Géant. Et ce n’était pas n’importe quel spectacle. Tout le monde se souvient, ou presque, que ses jeans étaient effectivement usés, on pouvait le voir respirer et le réalisme était poussé au point qu’une vapeur d’eau, faite de farine fine, s’échappait de son souffle. Ses yeux magnifiques avaient un regard qui touchait tout le monde. La foule était fascinée et pas seulement les enfants.

Inspiré des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, ce spectacle de rue allait même plus loin. Les manipulateurs de la machine déclamaient du Pascal sur l’infiniment grand et l’infiniment petit. Et c’était prodigieux, des milliers de personnes pouvaient entendre les deux infinis de Pascal. Ils faisaient aussi monter une diva qui chantait de l’opéra pour endormir le Géant. C’était vraiment la culture pour tous. Les gens le suivaient, le guettaient. Les Havrais ont pleuré lorsqu’il est parti. Cette création était en phase avec l’histoire du Havre et le cœur des Havrais. »

C’était en 1993, puis en 1994. (…)

C’est quoi aujourd’hui l’association MCH ?

Créée pour gérer la Maison de la Culture, l’entité du même nom est, aujourd’hui, une association de spectateurs. En effet, en 2009, la Maison de la Culture du Havre devient établissement public de coopération culturelle. C’est l’État et la Ville qui en reprennent la gestion. « Et, contrairement à ce qui s’est passé ailleurs, nous avons refusé de disparaître. Nous voulions marquer notre attachement à cette structure. La Maison de la Culture est un outil profondément démocratique », lance Isabelle Royer, la présidente. « Nous faisons en sorte que le spectateur puisse comprendre ce qu’est la création, ses acteurs, ses enjeux, son histoire, comment elle se fait. Nous animons aussi une rubrique des spectateurs, nous sommes invités à Avignon dans ce cadre-là. Nous organisons aussi des grands débats sur différents thèmes. » L’association siège aussi au conseil d’administration du Volcan.

MARIE-ANGE MARAINE ma.maraine@presse-normande.com

« Culture et démocratie », 317 pages aux éditions presses universitaires de Rouen et du Havre. Prix, 25 €.

 

       

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Présidente de la MCH

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